Confédération des États-nations

email Facebook Twitter
Màj : 14 déc. 2018

Introduction

Démocratie mondiale

Le développement rapide des moyens de transport et de communication (⇑ réseau, ⇑ vitesse, ⇑ volume, ⇓ coût) stimule le commerce international, ainsi que la mobilité des facteurs de production : capital (finance et technologie) et travail (flux migratoires).

Mais d'autre part les paradis fiscaux et le corrélatif développement des sociétés transnationales mettent en péril la survie des États et, partant, des services publics. L'augmentation des écarts de richesse fragmente la société, et nuit au développement économique.

Au niveau géopolitique force est de constater que les guerres impérialistes ne sont pas un fait du passé. Elles sont, encore et toujours, "justifiées" par de prétendus motifs humanitaires.

D'autre part, dans le cadre d'une analyse géopolitique prospective, il est utile d'observer l'évolution des rapports de force démographiques et économiques. Le tableau suivant montre qu'actuellement les treize pays les plus peuplés représentent 62% de la population mondiale, et que sept d'entre eux figurent dans le top 10 du classement des pays selon le PIB (mesuré en PPA).

Population# pays% pop. mond.# dans top 10 PIB
> 1000 millions2361 (CN), 3 (IN)
100 à 350 millions11262 (US), 4 (JP), 6 (RU), 7 (ID), 8 (BR)
50 à 100 millions14135 (DE), 9 (GB), 10 (FR)
< 50 millions17525aucun
202100

Sources :
fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_population
fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_PIB_(PPA)

La nécessité d'une forme ou l'autre de gouvernance mondiale apparaît de plus en plus comme une évidence. Il importe cependant que cette évolution ne se fasse au détriment ni de la démocratie (oligarchie) ni de la diversité culturelle (impérialisme).

Une Confédération mondiale d'États fonctionnant en régime de démocratie directe répond à ces objectifs, et sa faisabilité augmente d'année en année avec le développement de technologies de réseau décentralisé.

Le présent article développe également la thèse d'une utile recomposition des États sur base linguistique : la Wallonie avec la France, le sud-ouest des USA avec le Mexique, etc.

Peut-être, dans un futur plus ou moins lointain, n'y aura-t-il plus sur Terre qu'une seule langue et une seule culture. Dans ce cas (sans doute pas souhaitable), si l'on veut faire en sorte que cette culture globale soit le résultat d'un processus collaboratif, et non de guerres impérialistes, alors notre Confédération mondiale constitue aussi une voie pour y arriver.

Synthèse

Dans le contexte du phénomène technologique de mondialisation les État-nations sont-ils condamnés à disparaître ? Dans l'affirmative ceux-ci perdraient leur souveraineté au profit d'un gouvernement mondial centralisé, et la diversité culturelle internationale tendrait à se dissiper par homogénéisation culturelle, probablement sur le modèle états-unien. Les partisans d'une telle forme de gouvernance mondiale soutiennent que celle-ci réduirait le risque de conflits guerriers.

ONU

Certains considèrent l'ONU comme une étape vers un gouvernement mondial, mais l'ONU n'est ni un État ni une confédération. Elle n'est qu'une arène médiatique (dont le siège est situé à New-York, et donc sous surveillance rapprochée des services de renseignement US) mettant en scène le jeu des classes dirigeantes des cinq pays membres permanents pour le contrôle voire l'expansion de leur « zone d'influence ». L'ONU est donc une oligarchie composée des classes dirigeantes des cinq pays membres permanents.

Union
européenne

Quant à l'Union européenne elle constitue clairement une étape vers un État mondial, mais dans une logique messianique et d'impérialisme atlantiste. L'UE – projet historiquement porté par de grandes sociétés privées [source] et le gouvernement US [source] – se voit en effet comme un moyen de "contrer" (sic) la Chine et la Russie (mais pas les USA ...), suscitant ainsi une logique de guerre froide. En outre, qu'on le veuille ou non, son évolution conduit nécessairement au remplacement de petits États-nations par un plus grand, éloignant ainsi encore plus le citoyen du processus politique et de la chose publique. L'UE n'est donc pas un progrès mais une régression.

Les difficultés croissantes que rencontre voire suscite l'Union européenne s'expliquent notamment par le fait que ce projet d'essence oligarchique et atlantiste sous-estime la prégnance de la diversité culturelle européenne (une trentaine de langues !). La globalisation progresse certes mais demeure cependant le fait d'une infime minorité de la population (en particulier la classe dirigeante cosmopolite) ... et le restera peut-être beaucoup plus longtemps qu'on l'imagine. À long terme l'UE est incompatible avec la préservation de la diversité culturelle. Or celle-ci (i) est indispensable à la capacité de résilience d'une économie globalisée, et (ii) stimule le progrès scientifique international par la confrontation d'approches différentes (chaque État-nation étant une expérience particulière de société).

La haute capacité de résilience d'Internet est liée au fait que si n'importe quelle partie en est détruite (accident, attentat, ...) le reste peut continuer de fonctionner. À l'opposé une gouvernance mondiale centralisée aurait une faible capacité de résilience.

Force est de constater que depuis les années 1980 – considérées comme marquant la fin du communisme et la victoire du libéralisme – la conception européo-atlantiste de l'évolutionnisme sociétal a manifestement gagné du terrain, notamment par :

  • le démantèlement progressifs des États, et donc des principes d'État social (cf. réformes Hartz en Allemagne) et d'État de droit (cf. délabrement des institutions judiciaires) ;
  • l'uniformisation culturelle, par la dissolution des différentes cultures nationales en un clone du "modèle" US.
Recomposition
des États

Afin de rationaliser leur fonctionnement, les États pourraient évoluer en se recomposant – par sécessions ou regroupements – en régions monolingues : la Wallonie avec la France, la Flandre avec la Hollande, le sud-ouest des USA avec le Mexique, etc. Cette recomposition des États est souhaitable non seulement pour des raisons d'efficacité interne de chaque État (simplification administrative, cohésion sociale, ...), mais aussi parce qu'elle constitue contre le tout à l'anglais le meilleur garant de préservation de la diversité culturelle internationale. Il reste cependant à créer une double culturalité nationale/internationale au moyen d'une langue internationale construite à cet effet (LIC), et qui serait la seule langue étrangère inscrite au programme de l'enseignement obligatoire des pays membres d'une Confédération mondiale des États-nations.

États et
Confédération

L'idée d'un gouvernement mondial masque généralement l'ambition de la classe dirigeante de pays impérialistes. Le progrès consisterait plutôt en une Confédération mondiale d'États-nations, souverains et fonctionnant en régimes de démocratie directe :

  1. des États-nations, chacun fondé :

    • culturellement sur une seule langue nationale ;

    • économiquement sur :

      • une monnaie nationale ;

      • la substitution du principe d'échange antidumping) à celui de libre-échange ;

      • la présence de plusieurs entreprises publiques en concurrence dans chaque secteur économique (voire si nécessaire la nationalisation systématique des grandes entreprises, soit moins de 1% des entreprises), et leur gestion sous statut de coopératives publiques.

    • politiquement sur la démocratie directe (telle que nous l'avons définie dans l'article Objectif).

  2. une Confédération des États-nations visant à faciliter la coopération internationale (commerce, technologie, droit, sécurité, ...) tout en préservant la diversité culturelle, et fondée :

    • culturellement sur une langue confédérale, une langue internationale construite à cet effet et qui serait la seule langue "étrangère" inscrite au programme de l'enseignement obligatoire des pays membres de la Confédération ;

    • économiquement sur :

      • une monnaie confédérale (une devise internationale construite à cet effet, et complétant les monnaies nationales) ;

      • des entreprises publiques confédérales, c-à-d des entreprises publiques multinationales réglementées par la Confédération (il s'agit notamment de créer un "Google" et un "Facebook" publics).

  3. politiquement sur une organisation horizontale préservant la souveraineté des États (--> pour chaque État la Confédération est un partenaire se situant au même niveau que les autres États, voire un instrument commun à tous se situant hiérarchiquement en-dessous des États-nations).

On notera qu'en institutionnalisant ainsi pour chaque pays le principe de double culturalité nationale et internationale la Confédération préserve la diversité culturelle tout en organisant la coopération internationale.

Quelle est la différence entre fédération et confédération ?

  • Une fédération est un forme d'État dont les régions qui le composent jouissent d'une souveraineté dans certains domaines. Une fédération est donc un État. Elle est souvent une étape intermédiaire vers le séparatisme en différents États, ou au contraire vers l'union en un État unique.
  • Une confédération est une organisation permettant à ses États-membres de rationaliser leur coopération sur base volontaire. La confédération n'est donc pas un État, elle ne se substitue pas à ses États-membres mais s'y ajoute en se situant hiérarchiquement au même niveau voire en-dessous.

    Ceci dit, on pourrait aussi imaginer une Confédération en tant qu'État spécial. Par exemple chaque pays membre céderait à la Confédération – de façon définitive et irrévocable – une zone habitable frontalière représentant au maximum 0,1% de son territoire national, et dont la superficie et la population ne peuvent dépasser la valeur moyenne des États de moins de cinquante millions d'habitants. Il y aurait ainsi un État confédéral, au territoire éparpillé, se situant au côté des autres États, et dans la composition duquel aucun de ceux-ci ne serait surreprésenté.

État et nation

Principes

Pourquoi parle-t-on d' "État-nation" ? En effet, "État" et "nation" n'est-ce pas la même chose ? Réponse : pas nécessairement. Mais commençons pas définir ce que nous entendons ici par "État" et "nation" :

  • un État est une zone géographique délimitée par des frontières et au sein de laquelle règne un gouvernement ;

  • une nation est une population :
    • partageant certaines valeurs culturelles (langue, religion, ...) c-à-d une ethnie ;
    • et s'identifiant à un État (existant ou souhaité).

L'État-nation est donc une notion composite, à la fois géographique (territoire, pays, frontières), politique (pouvoir, gouvernement) et culturelle (peuple, ethnie).

Une ethnie ne devient véritablement nation qu'en se créant son propre État. Par contre un État n'a pas nécessairement de nation spontanée. C'est notamment le cas des États constitués par un ou plusieurs pays tiers en imposant le regroupement d'ethnies différentes (exemples : l'Inde par l'Angleterre ; le Congo par la Belgique ; l'Union européenne par les USA, etc). Il convient donc de distinguer d'une part nation construite, phénomène oligarchique (et généralement colonialiste ou impérialiste), et d'autre part nation spontanée, phénomène démocratique (et, semble-t-il, plus rare ...).

Motivations de
l'anti-nationalisme

Avez-vous remarqué que les politiciens et les journalistes européistes ne ratent pas une occasion de dénigrer le nationalisme, mais sont nettement moins critiques concernant (i) l'impérialisme US, alors que l'impérialisme est pourtant la forme abjecte du nationalisme, (ii) le nationalisme israélien, alors qu'il est fondé sur la colonisation de la Palestine et un régime d'apartheid.

Ces faits de nature géopolitique (en l'occurrence, atlantiste) montrent que la problématique de l'État-nation est nettement plus complexe que ce que nous inculque la propagande manichéenne et calomnieuse des classes dirigeantes européistes, selon laquelle « l'État-nation c'est la guerre ! ».

L'État est un instrument social très puissant, qui n'est en soit ni bon ni mauvais. Tout dépend de qui le contrôle et dans quels buts, ce qui nous ramène à la question de la démocratie.

Quant au nationalisme il peut certes constituer un terrain de conflits potentiels entre nations, mais il est aussi l'expression de la diversité culturelle, et partant, le principe fondamental de la résilience du système économique global. Réduire le risque de conflits en éradiquant cette diversité et en abaissant la résilience du système c'est une "victoire à la Pyrrhus". Il importe donc d'apprendre à respecter la différence plutôt que de la gommer. Il ne faut pas éradiquer les conflits mais développer l'art de les gérer. En réalité c'est beaucoup moins le nationalisme qui est à la source des guerres que les stratégies dominatrices des classes dirigeantes. Ce sont donc les classes dirigeantes qu'il faut éradiquer (PS : pas les personnes mais leur statut) et non la diversité des façons de concevoir la vie en société.

Selon nous la véritable motivation de la propagande anti-nationaliste (phénomène typiquement européen) est double :

  • Néolibéralisme contre les États. Nous verrons plus loin, dans la section consacrée au principes de l'État-nation, qu'État et nation sont étroitement liés, chacun ne s'exprimant pleinement que par sa conjonction avec l'autre. Ainsi la stratégie libérale, qui vise à déconstruire les États afin de rétablir la loi du plus fort ("un renard libre dans un poulailler libre"), a bien compris qu'attaquer la nation c'est attaquer l'État ;

  • Union européenne contre les nations. En raison de leur diversité culturelle (en particulier la diversité des langues) les États-nations européens sont incompatibles avec le projet fantasmatique "d'États-unis d'Europe".

Étude de cas

Arabie Saoudite

Pétrole. Fondé en 1932 avec l'aval de l'Angleterre, ce pays connaîtra une transformation économique suite à la découverte d'énormes gisements de pétrole en 1938, ce qui marqua le début d'une "alliance stratégique" avec les États-Unis, concrétisée par la signature d'un "accord" en 1945 sur un navire de guerre de la US Navy (Pacte du Quincy), par lequel les États-Unis s'engagèrent à "protéger militairement" la dynastie des Saoud. Cette alliance se révélera d'autant plus durable que le clan des Saoud se propose comme un allié US au Moyen-Orient face à la montée des nationalismes arabes, qui en raison de leur politique d'inspiration marxiste résistaient à l'impérialisme US (ce qui leur valait le soutien de l'Union soviétique) [source].

Réserves mondiales de pétrole (2017, %)
Venezuela18
Arabie Saoudite16
Canada10
Iran9
Iraq9
Total62

Source

Mafia. Le clan des Saoud fonctionne en réalité selon la logique d'un milieu mafieux impliqué dans le trafic de cocaïne à grande échelle [exemple] ou encore les assassinats d'opposants [exemple].

Terrorisme. Selon un rapport du Comité du renseignement du Sénat US, publié en 2002 (mais alors censuré par l'administration Bush) le gouvernement saoudien aurait une lourde part de responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001, via le financement du Wahhabisme [source].

Conclusion. Ces faits démontrent que le contrôle de la première source énergétique joue un rôle déterminant dans la géopolitique impérialiste US, et l'emporte sur toute autre considération (ce qui explique également le soutien US au régime israélien, considéré comme plus proche de la culture occidentale que le régime saoudien).

Israël

Le cas d'Israël est particulièrement intéressant car il réunit quasiment tous les aspects de la problématique composite dont nous avons établi une typologie dans la section 3.1., et aussi parce que sa création est récente.

Définitions

Commençons par préciser le vocabulaire. Cela est d'autant plus nécessaire que de nombreuses personnes – y compris au sein de la communauté judaïque – ne comprennent pas la différence entre les adjectifs "sioniste", "juif" et "israélien", par manque de culture historique (religieuse et politique) mais aussi en raison de l'intense propagande diffusée par les milieux sionistes – et relayées par les instances atlantistes – visant à établir une équivalence "juif=sioniste" ou encore "anti-sionisme=anti-sémitisme".

  • Un Juif est une personne de religion judaïque, pratiquante ou non.
  • Un sioniste est une personne militant en faveur d'un nationalisme juif particulier, postulant qu'un État juif ne peut exister qu'en Palestine (Israël) car cette terre appartiendrait aux juifs plus qu'à n'importe qui d'autre.

    NB : comme le confirment les faits historiques (cf. infra) le sionisme n'est donc qu'un type de nationalisme juif, parmi d'autres formes possibles de nationalisme juif.

  • Un israélien est un citoyen de l'État d'Israël, juif ou non juif.

Pour bien comprendre la différence entre ces notions, il convient de réaliser que toutes les assertions suivantes sont confirmées par des faits vérifiables :

  1. il y a des juifs qui ne sont ni sionistes ni israéliens ;
  2. il y a des juifs – laïcs ou orthodoxes, israéliens ou non, nationalistes ou non – qui sont antisionistes ;

    il y a donc des juifs nationalistes (généralement des laïcs), qui étant pour le respect du droit international sont donc anticolonialistes, et par conséquent opposés au sionisme (qui n'est qu'une forme de nationalisme juif parmi d'autres possibles).

  3. il y a des sionistes qui ne sont ni juifs ni israéliens (notamment parmi les protestants états-uniens ou encore parmi les racistes anti-arabes européens).

"Des Juifs orthodoxes dénoncent le régime sioniste d'Israël (8m36s - 2018)

Colonialisme
et apartheid

La présente section, qui retrace l'histoire du nationalisme sioniste, est fondée essentiellement sur les travaux du sociologue Alain Dieckhoff, directeur de recherche au CNRS et spécialisé dans la politique et la société contemporaine d’Israël. Nous avons recoupé les travaux de Dieckhoff avec ceux d'autres chercheurs dont les références sont mentionnées en fin de section, et enfin complété le tout par des articles Wikipédia.

Theodor Herzl (1860-1904, premier penseur moderne du nationalisme juif) n'avait pas écarté l'idée de créer un État juif en Argentine. Il soutint également la proposition britannique de 1903 visant à octroyer une autonomie politique aux juifs en Ouganda.

1905 : les juifs, qui résidaient alors à 99% "en diaspora" (sic), ne représentent que 5% de la population de Palestine [source].

Le mouvement sioniste était alors très minoritaire au sein de la communauté judaïque internationale. Jusqu'à la seconde guerre mondiale, « la plupart des Juifs intégrés comme citoyens aux sociétés d'Europe occidentale adhéraient aux idéaux libéraux et se voyaient comme les annonciateurs d'une humanité cosmopolite où les barrières nationales auraient disparu » [source].

Transformer les termes de cette équation défavorable à la mouvance sioniste exigeait l’immigration régulière de juifs et la consolidation d’une assise territoriale en Palestine.

Se produit alors la première guerre mondiale, durant laquelle l'Angleterre prit à l'empire Ottoman (qui deviendra la Turquie en 1923) le contrôle de la Palestine (la Syrie et le Liban revenant à la France). Et dès 1917 le gouvernement britannique s'engage à faciliter l'établissement en Palestine d'un « Foyer national pour les Juifs » (déclaration Balfour).

À l'issue de la seconde guerre mondiale, les juifs de Palestine étaient ainsi devenus une forte minorité de 600.000 personnes (un tiers de la population totale), concentrée pour l’essentiel dans la plaine côtière. Par ailleurs, l’organisation sioniste avait développé une stratégie d’emprise territoriale méthodique en multipliant les kibboutzim (villages collectivistes) de façon à marquer humainement le territoire qu’elle revendiquait pour le futur État juif [source].

En 1947 l'ONU, créée deux ans plus tôt à l'initiative des USA, décide d'un plan de partage de la Palestine en trois entités : un État juif, un État arabe et Jérusalem sous contrôle international. Ce plan est accepté par une majorité des sionistes mais refusé par les arabes. Malgré le désaccord des populations arabes, l'État d'Israël déclare son indépendance en 1948 avec l'aval de l'ONU, mais sans que sa Constitution ne mentionne clairement de frontière (ce qui est toujours le cas aujourd'hui) laissant ainsi présager que ses ambitions colonialistes ne s'arrêteraient pas à la partition de 1947.

Le statut de citoyenneté israélienne accordée aux arabes israéliens ne leur fut d'ailleur « d'aucune utilité pour protéger ses détenteurs arabes contre les lois foncières votées au cours des années 1950 qui avaient pour objectif d'exproprier le maximum de terres arabes privées pour accroître l'emprise territoriale de l'État d'Israël et consolider sa souveraineté politique » [source]. L'État a clairement considéré « ses Arabes », non comme des citoyens israéliens dont il fallait respecter les droits, mais comme des Arabes palestiniens, membres d'un groupe ethnico-national qu'il convenait de transformer en minorité sous contrôle (PS : ce qui explique le rejet par Israël en 2018 du Pacte de l'ONU sur les migrations - source).

Aujourd'hui les zones défavorisées auxquelles l'État d'Israël verse des subventions spécifiques pour encourager le développement économique sont dessinées « de telle sorte qu'elles n'incluent aucun village arabe. De même, les fonds gouvernementaux alloués aux municipalités sont-ils proportionnellement plus élevés pour les villes juives que pour leurs homologues arabes » [source].

La question des frontières n’a guère préoccupé les dirigeants sionistes. Selon Alain Dieckhoff « deux raisons expliquent ce silence. D’abord, le projet sioniste prend naissance, au début du XXe siècle, dans un espace moyen-oriental où il n’y a nulle frontière étatique puisqu’il appartient tout entier à l’Empire ottoman. Le projet sioniste se déploie donc, au départ, sans aucune contrainte de frontière. Les dirigeants sionistes réclament, sans succès, en février 1919, un foyer juif sur un territoire très vaste allant de Saïda au nord (actuellement au Liban) à Aqaba au sud, sur la mer Rouge, (actuellement en Jordanie), borné à l’est par le chemin de fer du Hedjaz. Les considérations qui les guident sont fonctionnelles : les frontières devraient être tracées de telle sorte qu’elles permettent de disposer de vastes ressources hydrographiques et foncières. La seconde raison de leur mutisme tient à l’indétermination des limites de cette terre d’Israël (Eretz Israel) sur laquelle ils entendent reconstituer une souveraineté juive. Quelles frontières invoquer alors que le texte biblique attribue trois frontières différentes à la terre d’Israël ? Quelles frontières revendiquer alors que les royaumes juifs ont englobé, tantôt de vastes étendues (sous David et Salomon), tantôt une aire fort modeste (Judée du VIe siècle avant notre ère) ? La terre d’Israël est éminemment paradoxale : son centre est bien localisé (Jérusalem et ses alentours) mais ses limites sont floues, changeantes, malléables. Elle est davantage un lieu symbolique qu’une étendue géographique déterminée ».

L'historicisation de la Bible, lue comme la saga nationale du peuple juif, constitua donc un pilier de la propagande sioniste. Mais avec l'évolution des mentalités vers la laïcité, vint s'ajouter au récit biblique dans la propagande sioniste un récit pseudo scientifique qui en mêlant de tendancieuses approches biologiques et historiques, nie l'effet des conversions religieuses comme explication de la présence de juifs sur tous les continents, et se rapproche subrepticement de la notion de "gène juif". Ces "recherches" sont complaisamment relayées par de nombreuses revues scientifiques anglo-saxonnes, et alors que ces mêmes revues avaient justement dénoncé le caractère pseudo scientifique des "recherches" nazies sur un prétendu "gène aryen".

Sources :

Des juifs
antisionistes

En raison des faits que nous venons d'évoquer de nombreux juifs respectueux du droit international sont opposés au sionisme. Ils rappellent ainsi que le régime israélien ne peut représenter ni les juifs ni le judaïsme, ni même le nationalisme juif. Le régime israélien ne représente que le sionisme, qui est un nationalisme colonialiste et d'apartheid, postulant qu'un État juif ne peut exister qu'en Palestine car selon cette idéologie sectaire d'origine biblique cette terre appartiendrait aux juifs plus qu'à n'importe qui d'autre.

Répression. Ces juifs antisionistes, dont des israéliens, sont victimes d'une féroce répression par les réseaux sionistes et atlantistes, sous la forme de campagnes de diffamation dans leur milieu professionnel, social et familial [exemple], voire de menaces de mort [exemple].

Ces actes de terrorisme visent également des non juifs [exemple].

Force est de constater que le milieu sioniste fonctionne exactement comme un réseau de diffamation à l'encontre des personnes dénonçant la nature du régime israélien. Les individus et organisations calomniant les défenseurs de la cause palestinienne devraient être condamnés pour diffamation.

Condamnation
du sionisme

En raison de la nature colonialiste et ségrégationniste de l'État sioniste les autres États devraient (i) ne plus reconnaître le régime israélien (donc rompre les relations diplomatiques avec celui-ci) et (ii) faire de l'apologie du sionisme un acte illégal (ou alors, si l'on invoque la liberté d'expression, il faut abroger les lois interdisant l'apologie du nazisme, mais il ne peut y avoir deux poids deux mesures).

  • La « solution à deux États » n'en est évidemment une que pour le colonisateur puisqu'elle revient à valider la colonisation d'une partie de la Palestine.
  • On peut éventuellement tolérer que certains États conservent des relations diplomatiques avec le régime sioniste pour des raisons pragmatiques. Mais il importe que cela ne constitue aucunement une autorisation aux actes d'apologie du sionisme, lesquels doivent absolument être interdits sur le territoire national.

Le régime israélien subsiste parce qu'il joue le rôle d'une gigantesque base militaire pro-atlantiste au Moyen-Orient, et est d'ailleurs subsidié à ce titre par les USA à raison de plus de 4 milliards de dollars par an [source], et cela sans compter les aides financières non militaires ainsi que les aides matérielles directes, notamment sous forme d'armes et de munitions.

En outre les milieux sionistes (par exemple la LICRA en France) appliquent diverses stratégies pour influencer l'opinion publique :
  • faire taire la critique, par l'exploitation de la Shoah, la diffamation des anti-sionistes (accusations d'antisémitisme) et en se décrivant implicitement comme représentatifs de la communauté juive (exemple) ;

  • fabriquer une image respectable du sionisme en investissant les associations de lutte contre le ... racisme (!) ou encore la communauté LGBT, et en décrivant l'armée sioniste comme étant « la plus morale au monde » (sic) ;

  • inverser les responsabilités en décrivant les palestiniens comme les agresseurs et les sionistes comme les victimes.

L'espoir vient cependant des nouvelles générations de la communauté judaïque, qui commencent à réaliser massivement la nature inéluctablement raciste et ségrégationniste du nationalisme sioniste et sa nuisibilité non seulement pour la paix au Moyen-Orient mais également pour la communauté juive internationale.

Terminons cette section consacrée à Israël par un témoignage révélateur. L'écrivaine Agnès Michaux, qui se considère comme juive, évoque les ravages du sionisme sur la conception du judaïsme par de nombreux juifs (NB : sans mentionner les mots nationalisme, sionisme ou sioniste, cf. le « entre eux » à partir de 1m44s).

"Être juive ?" l'avis d'Agnès Michaux (2m20s - 2013)

Union européenne

Voir notre article "Critique de l'Union européenne".

Les États et Internet

Internet va-t-il progressivement conduire au démantellement des États et à leur remplacement par un oligopole de méga-entreprises privées (les géants du Web), constituant "de facto" un gouvernement mondial hors de tout contrôle démocratique ? Le risque est réel alors que, pourtant, les technologies de réseau pair à pair, chaîne de bloc et cryptographe quantique pourraient au contraire faire évoluer la société humaine vers une Confédération mondiale d'États-nations fonctionnant en régimes de démocraties directes. Malheureusement la classe politique est facilement corruptible et, à l'instar de la communauté scientifique, a quasiment perdu toute capacité critique et propositionnelle par rapport à l'idéologie des marchés, cette nouvelle religion qui ne dit pas son nom.

Je vous recommande vivement de visionner ces quelques extraits d'une conférence ("Droit et numérique") donnée en 2016 à l'Académie royale des sciences de Belgique par Yves Poullet, recteur de l'université de Namur et qui fut de 1979 à 2010 le directeur du Centre de recherches informatique et droit :

Les États face à Internet (34m40s - 2016)

On notera cependant d'importants manquements dans cette conférence :

  • la critique, très timide selon nous, du business modèle "d'autorégulation", par lequel l'État délègue des fonctions de nature législative et judiciaire, par exemple à des lobbies, chargés de les exercer auprès de leurs entreprises membres !
  • la propagation implicite de l'idée discutable selon laquelle la déterritorialisation serait une évolution "naturelle" et "irréversible, plutôt qu'une stratégie d'échappement fiscal pouvant être neutralisée voire inversée (frontières numériques, souveraineté numérique, échange antidumping) ;
  • la non évocation de l'option (certes prospective) d'entreprises publiques confédérales comme concurrents voire substituts aux géants privés de l'Internet.

Frontières numériques

L'idée selon laquelle il ne serait pas possible d'imposer des lois nationales aux entreprises "globales" sous prétexte qu'il ne serait pas possible d'installer des frontières numériques sur Internet est une légende urbaine savamment entretenue. Il est tout à fait possible d'installer des frontières numériques, et en outre à des coûts nettement inférieurs aux frontières physiques [exemple]. Il est donc tout à fait possible pour tout État d'imposer des règles nationales aux "entreprises globales", et à leur interdire l'accès aux marché numérique national si elles refusent ou sont incapables d'en respecter les règles. Le problème est moins technologique que politique. La classe politique invoque des raisons fallacieuses pour justifier sa non-action. La véritable raison est probablement sa corruption.

Les frontières numériques sont un instrument permettant de neutraliser notamment :

  • le dumping fiscal : en bloquant les sorties de capitaux visant à échapper au fisc national ;
  • la spéculation : en bloquant les entrées/sorties de capitaux amplifiant les attaques spéculatives ;
  • l'impérialisme culturel : en conditionnant l'accès au marché numérique national à l'obligation que la langue par défaut d'un site web soit la langue nationale du pays d'où il est accédé à ce site.

Mondialisation vs mondialisme

Nous avons ébauché la nature à la fois politique et culturelle du concept d'État-nation. Deux phénomènes qui influencent grandement les États-nations sont la mondialisation et l'impérialisme.

Pour analyser correctement la relation entre ces deux phénomènes il importe de distinguer mondialisation et mondialisme :

  • Par "mondialisation" nous entendons le fait historique du brassage des populations et des cultures, résultant du développement des moyens de communication (avions, Internet, ...) en termes de réseau, vitesse, volume et coût. Ce phénomène évolutif existe depuis que l'homme existe, mais sa progression semble exponentielle.

  • Par "mondialisme" nous entendons l'idéologie visant à exploiter la mondialisation pour oeuvrer à l'instauration d'un gouvernement mondial. Qu'on le veuille ou non, cette idéologie constitue de facto un fondement idéal pour une politique impérialiste visant à prendre le contrôle d'autres États-nations et leur imposer le système politique et économique ainsi que la culture du pays impérialiste.

    Le très faible nombre de "J'aime" de la page Facebook du World Federalist Movement, une organisation de promotion du mondialisme, suggère que l'idée d'un gouvernement mondial n'intéresse pas grand monde. À noter que le site ouaib de cette organisation est rédigé uniquement en anglais, et que ses deux sièges sont installés à New-York et Den Haag. Parmi ses financiers ont trouve la Fondation Ford, l'Open Society Foundation de George Soros, ou encore l'Union européenne [source] ...

Le phénomène Halloween

Un exemple flagrant d'américanisation culturelle planifiée fut la propagation de la fête d'Halloween - archétype de l'imagerie culturelle US - via les écoles maternelles et primaires, et cela avec le soutien massif des médias "d'information" des pays européens. En l'espace d'une seule année (1992, soit un an avant la création de l'Union européenne ...) la fête d'Halloween fut propagée en même temps dans l'ensemble des pays qui quelques années plus tard allaient se voir imposer l'intégration au sein d'une union monétaire européenne. L'extrême rapidité du phénomène Halloween et l'implication des appareils d'État dans sa propagation suggèrent qu'il y a bien eu planification. Le fait de conditionnement culturel américaniste est confirmé par la disparité entre d'une part la surmédiatisation de cette fête en Europe (écoles primaires, Journal télévisé, ...) et d'autre part les résultats de ce sondage suggérant que plus de 90% des belges ne fêtent pas Halloween [source].

Si le nationalisme est clairement incompatible avec le mondialisme, qu'en est-il de la relation entre États-nation et mondialisation ?

États-nations
vs mondialisation

La mondialisation enrichit-elle la diversité culturelle (effet de diversification), ou bien au contraire l'appauvrit-elle (effet d'uniformisation) ? Cette question est fondamentale pour comprendre la problématique des États-nations, qui personnifient chacun une identité culturelle sociétale, c-à-d une expérience particulière de société humaine.

Ces deux effets opposés de diversification/uniformisation co-existent, et les États-nations peuvent, par l'organisation de leur fonctionnement interne et collectif, influer sur l'ampleur relative de ces deux effets, qui ont chacun des aspects positifs et négatifs, mais dans des proportions différentes.

Cette organisation collective devrait reposer sur deux axes : une langue internationale construite à cet effet (donc une langue non nationale) et une monnaie internationale (également non nationale), l'une et l'autre venant compléter (et non remplacer) les langues et monnaies nationales.

Langue internationale

Langues et cultures

Drapeau de la Francophonie et de l'espéranto

Drapeaux de la francophonie (blanc) et de l'espéranto (vert)

La culture ne se réduit certes pas à la langue, mais celle-ci en constitue un élément important car le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe propres à chaque langue influencent notre façon de penser et de nous exprimer [1]. Or la diversité culturelle est un facteur déterminant du progrès scientifique, par la confrontation d'approches différentes qu'elle induit. La langue internationale favorise la comparaison de ces diversités et l'enrichissement mutuel des cultures [2]. C'est pourquoi la neutralité politique et culturelle de la langue internationale est un principe fondamental de l'écologie sociale.

Il importe donc de garantir la coexistence durable d'une double culturalité – nationale et internationale – sans phagocytage de la première par la seconde (principe de complémentarité durable). Il s'agit notamment de contrecarrer l'impérialisme culturel de certains États.

Le plan Marshall de 1947 constitue une étape importante de l'impérialisme culturel US : le gouvernement US imposa aux pays "libérés" non seulement ses bases militaires mais également l'obligation de projeter chaque année dans les salles de cinéma au moins 30% de films produits à Hollywood [source p. 47]. Ce n'était qu'un début puisqu'aujourd'hui ce taux a plus que doublé !

L'utilisation de l'anglais comme langue internationale favorise considérablement les anglophones de souche, que ce soit en politique, en affaires ou dans les sciences. D'où l'intérêt de développer un véritable cosmopolisme, et de ne pas régresser vers l'américanisme. Une solution consiste à instaurer officiellement une langue internationale construite à cet effet.

L'utilisation exclusive d'une langue nationale comme langue internationale conduirait nécessairement, in fine, à l'éradication des cultures nationales par la nation dont la langue est utilisée comme langue internationale, ce qui constituerait une très grave régression en matière de diversité culturelle. Il est donc urgent de développer l'usage d'une langue internationale construite à cet effet (LIC).

S'il n'existe pas encore une LIC dont la conception et l'apprentissage ne privilégient aucune des principales familles linguistiques on pourrait instaurer deux LIC, une pour chacune des deux principales familles linguistiques : l'indo-européenne et la sino-tinétaine, qui représentent 73% de la population mondiale [source].

L'anglais c'est important pour réussir dans la vie (5m31s - 2017)

Comment implémenter une LIC

Il suffirait que quelques États mènent de concert une politique de promotion d'une LIC pour qu'après seulement une seule génération celle-ci commence à s'imposer comme langue internationale.

Une telle politique de LIC pourrait être fondée sur les quatre axes suivants :

  1. Pilier enseignement : faire de cette LIC la seule langue "étrangère" de l'enseignement public primaire et secondaire de ces pays ;

  2. Pilier culture : favoriser la création et la distribution de productions réalisées dans cette LIC : cinéma, littérature, chanson, théâtre, production scientifique, médias d'information, ...

  3. Pilier institutions internationales : la « Confédération des nations » évoquée plus loin devrait travailler et communiquer exclusivement dans la LIC choisie comme langue confédérale.

  4. Pilier technologies : mettre sur pied un programme international de développement d'une nouvelle génération de langages de programmation et de protocoles réseau, basés non plus sur l'anglais mais sur la langue confédérale.

Problématiques linguistiques

Nous abordons ici trois problématiques clés de la linguistique : les technologies de traduction, la différence entre langue naturelle et construite, et enfin le piège du multilinguisme.

Technologies de traduction. Il y a peu de doutes que vont se généraliser les technologies de traduction automatique en temps réel [exemple]. En conséquence l'utilité d'une langue internationale se fera-t-elle moins sentir ? Pour tenter de répondre à cette question commençons par rappeler qu'aucune traduction – automatique ou humaine – ne peut résoudre complètement les différences sémantiques entre mots considérés comme équivalents entre deux langues. Il en résulte qu'aucune traduction n'exprime exactement la signification originelle d'un texte. C'est pourquoi il nous paraît indispensable de disposer d'une langue internationale culturellement neutre (donc qui n'est pas une langue nationale) – notamment en matière de droit international – que ce soit pour la rédaction originelle ou pour des traductions de textes conçus en langues nationales [exemple].

Langue naturelle ou construite ? De nombreuses langues (la plupart ?) ont perdu leur caractère "naturel". Il s'agit des langues nationales qui furent normalisées et officialisées par un État, de sortes qu'elles ont acquis un statut mixte. Mais la distinction entre langues "naturelles" et "construites" est une vue de l'esprit, inventée pour les besoins de la taxinomie linguistique. En effet toute langue ne "tombe pas du ciel" mais est le fruit de conventions sociales c-à-d d'une forme de ... construction. Et corrélativement toute construction sociale peut être vue aussi bien comme un phénomène naturel. Par conséquent l'argument selon lequel rien ne pourrait résister à l'hégémonie mondiale de l'anglais n'a aucun fondement scientifique : il est tout à fait possible de concevoir et instaurer une langue internationale qui supplanterait l'anglais.

Le piège du multilinguisme. La politique de diversité culturelle de l'UNESCO est fondée sur le concept de multilinguisme plutôt que sur le bilinguisme "langue nationale + LIC". La différence de terminologie n'est pas idéologiquement neutre. Ainsi dans la sphère économique le terme "multilinguisme" signifie la connaissance d'un maximum de langues étrangères, ce qui dans un monde de plus en plus globalisé où sont pratiquées des centaines de langues est de moins en moins réaliste.

En introduction à la section suivante notons que la monnaie est une forme de langage : comme tout langage la monnaie est un signe (une représentation) facilitant l'évaluation et l'échange de ses objets (matière ou information).

Devise internationale

Devise vs monnaie

Commençons par préciser le vocabulaire : on parle de devise dans le cadre de transactions internationales, et de monnaie dans le cadre de transactions au sein d'un même pays.

Une devise internationale peut avoir deux fonctions :

  1. monnaie facilitant les échanges, l'épargne et la comptabilité au niveau international ;

  2. étalon par rapport auquel les gouvernements implémentent des mesures économiques visant à limiter la fluctuation du taux de change de leur monnaie (contrôle de l'inflation, de la dette publique, ...).

On peut distinguer trois types de devises internationales :

  • devise nationale ;
  • union monétaire ;
  • devise construite.

Devise nationale

Depuis que les États existent certaines monnaies nationales font ou ont fait office de devise internationale. Il s'agit généralement de la monnaie de pays colonialistes et/ou impérialistes. Aujourd'hui la principale monnaie nationale faisant office de devise internationale est le dollar US.

L'avantage pour un pays d'avoir une monnaie faisant office de devise internationale est double :

  • acheter à l'étranger en payant dans sa propre monnaie (ce qui réduit le besoin de se procurer des devises étrangères via les exportations ou des emprunts) ;

  • utiliser les institutions monétaires internationales (en l'occurrence le FMI et la Banque mondiale) comme armes de conquête et de prédation économique sur des pays qui empruntent cette devise [approfondir].

Une monnaie nationale faisant office de devise internationale peut cependant constituer une contrainte pour le pays en question si ce statut requiert de maintenir la stabilité de la devise. C'est pour cette raison que le gouvernement US a décidé en 1971 de mettre fin unilatéralement aux accords de Bretton Woods qui depuis 1944 garantissait la convertibilité du dollar en or.

Union monétaire

Dans ce cas les monnaies nationales sont supprimées et remplacées par une monnaie unique dans le cadre d'un État supranational visant à se substituer progressivement aux États nationaux. C'est le cas de l'euro et de l'Union européenne.

Théoriquement l'union monétaire peut se justifier pour des pays partageant la même langue ou ayant atteint le même niveau de développement économique. C'est pourquoi la plupart des unions monétaires se sont soldées par un échec. En tout état de cause les populations des pays concernés par un projet d'union monétaire doivent bien être conscientes que la gestion d'une union monétaire ne peut fonctionner efficacement que si elle est accompagnée d'une union politique, ce qui revient "in fine" à la fusion des États concernés en un seul État, et conduit souvent à une normalisation culturelle.

Un concept plus politique qu'économique. En raison du progrès technologique le principe d'union monétaire n'a plus vraiment de justification économique. D'une part l'argument de la réduction des coûts de transactions liés à l'usage de plusieurs monnaies tend à perdre tout fondement suite à la dématérialisation de la monnaie et l'utilisation généralisée de systèmes de paiements électroniques. D'autre part concernant l'argument de la stabilité des taux de change il faut savoir qu'il existe des solides arguments en faveur du change flottant [approfondir].

De la non pertinence des unions monétaires (0m43s - 2017)

Extrait d'une conférence de Mario Telò, professeur de relations internationale et spécialiste de l'Union européenne, présentée à l'Académie royale de Belgique en 2017.

Devise construite

La devise internationale construite est fondée sur un panier de devises dont la parité est fixée relativement aux autres devises ou relativement à la valeur moyenne du panier, éventuellement en autorisant des fluctuations dans une certaine marge. Il ne s'agit donc pas d'une monnaie unique mais d'une monnaie commune : elle ne supprime pas les monnaies nationales mais les complète (sans quoi il ne s'agirait plus d'une devise internationale mais d'une monnaie mondiale).

Des exemples de devises construites sont le Bancor, les DTS et l'ECU.

Le Bancor. Lors de la conférence de Bretton Woods (USA) en 1944 l'économiste britannique John Meynard Keynes avait proposé la création d'un étalon monétaire international appelé "Bancor". Ce projet fut cependant rejeté en raison de l'opposition de Washington qui préférait que ce soit le dollar qui soit consacré comme devise internationale [approfondir].

Droits de tirage spéciaux. Créé en 1969 par le FMI le "DTS" est constitué d'un panier de devises réévalué tous les cinq ans. En 2016 le renminbi (la devise chinoise, encore appelée Yuan) a été ajouté au panier constitué du dollar américain, de l'euro, de la livre sterling et du yen. Les DTS sont des crédits que les nations disposant d'excédents dans leur balance des échanges peuvent « tirer » des nations ayant des déficits commerciaux. Les DTS sont alloués aux pays membres proportionnellement à leur quote-part au FMI. Cependant le DTS n’est pas une devise à proprement parler : (i) Le FMI n’est pas un émetteur et ne garantit pas les valeurs en DTS par ses propres réserves ; (ii) les fonds de réserves déposés au FMI par les États ne sont pas libellés en DTS mais dans chacune des devises composant le panier ; (iii) Le DTS n’est pas coté. Enfin le DTS n'est pas utilisé comme étalon monétaire [approfondir].

L'ECU. La European Currency Unit, ancêtre de l'euro (1980 à 2000), était un panier constitué des devises européennes. L'ECU fut utilisé comme unité de compte pour les institutions européennes et les banques centrales des pays membres, ainsi que comme monnaie de placement et d'endettement sur les marchés financiers. La valeur de chaque devise nationale était autorisée à fluctué de 1,125 % relativement à la valeur moyenne du panier. L'ECU n'a pas eu l'effet souhaité de stabilisation des cours des devises concernées, qui ont quasiment toutes subies une voire plusieurs dévaluations [source].

Entêtement. Plutôt que de constater l'absurdité économique du projet européiste et de l'abandonner, il fut décidé au contraire de l'accentuer en passant à l'euro, monnaie unique ...

Le Terra. En 2004, l'ancien directeur de Banque central Bernard Lietaer relança l'idée d'une monnaie fondée sur une réserve de biens et services de première nécessité [source].

Conclusion

L'utilisation d'une monnaie nationale comme devise internationale profite surtout au pays dont cette devise est la monnaie nationale. C'est le cas du dollar, mais aussi de l'euro, politiquement conçu comme un clone du Deutsche Mark. En outre l'Union monétaire requiert une union politique, laquelle implique voire requiert aussi l'uniformisation culturelle.

Une des premières créations de la future Confédération des États-nations devrait être une devise internationale :

  • créée spécifiquement à cet effet ;
  • ne se substituant pas aux monnaies nationales ;
  • subordonnée aux monnaies nationales dans le cadre d'un système politique international de type confédéraliste (elle n'est pas une monnaie mondiale mais une devise internationale) ;
  • pouvant faire l'objet de prêts sans intérêts aux États (contrairement aux prêts en dollars "accordés" par le très états-unien FMI ...).

Principes de l'État-nation

Sans véritable démocratie il n'y a pas de véritable État-nation, et inversement car le second est – par le service public – l'expression physique de la première. Quant aux États-nations dans leur ensemble ils garantissent – notamment par leur langue nationale respective – la diversité culturelle internationale (condition nécessaire pour garantir une résilience minimale de l'économie mondiale).

Nous définissons l'État-nation idéal sur base de six principes, la démocratie directe ou d'autres modèles alternatifs (comme par exemple le modèle Chinois) constituant le principe de base sur lequel les cinq autres peuvent être construits. On peut les regrouper selon leur fonction de cohésion et de souveraineté nationale :

Cohésion nationaleSouveraineté nationale
  • langue nationale
  • limitation des écarts de richesse
  • monnaie nationale et entreprises nationales
  • la substitution du principe d'échange antidumping) à celui de libre-échange
  • internationalisme confédéral
démocratie directe, modèle chinois, ...

L'internationalisme confédéral est traité dans la section suivante. Les autres principes sont développés ci-dessous.

Langue
nationale

Afin de rationaliser leur fonctionnement les États devraient évoluer en se recomposant – par sécessions ou regroupements – en régions monolingues : la Wallonie avec la France, la Flandre avec la Hollande, le sud-ouest des USA avec le Mexique, etc. La langue constitue le premier facteur de cohésion nationale et de diversité internationale. Ainsi si les Écossais ont voté contre la sécession lors du référendum de septembre 2014 c'est essentiellement parce que l'anglais est la langue maternelle de 98% des écossais. Par contre en Catalogne le pourcentage d'habitants dont le castillan – langue officielle de l'Espagne – est la langue maternelle tombe à 55% (c'est du moins le chiffre officiel, mais peut-être est-il encore plus bas ...), ce qui peut expliquer la victoire des indépendantistes catalans aux élections régionales de septembre 2015.

Notons enfin que dans le nationalisme linguistique, l'identité nationale n'est pas fondée sur une origine commune supposée (religieuse, biologique, ...), mais sur la langue nationale, laquelle est :

  • au niveau national un fondement de la cohésion sociale ;

    Minorités culturelles. La langue nationale constitue un médium indispensable par lequel les diverses communautés ethniques de la nation peuvent créer des liens entre elles. Elle est bien plus qu'un lien inter-communautaire, elle est la marque de cette suridentité collective qu'est l'identité nationale linguistique, commune aux différentes communautés.

  • au niveau international un fondement de la diversité des façons de penser la vie et la société (chaque État-nation étant « une expérience particulière de société »).

    Les États-nations sont donc solidaires dans la préservation – et même le développement – de la diversité (culturelle, économique, ...), de sorte qu'ils sont les ennemis jurés de l'impérialisme.

Limitation des
écarts de richesse

La limitation des écarts de richesse est indispensable pour garantir un minimum de cohésion sociale. D'autre part sans limitation des écarts de richesse l'exercice de la démocratie n'est pas possible, par contre sa simulation (notamment via le contrôle de médias de masse par un classe de super-riches) est d'autant plus facile. D'autre part de récentes études du FMI et de l'OCDE montrent que les écarts de richesse nuisent à la croissance économique [FMI-2015, OCDE-2014]. Enfin selon nous la concentration du capital se traduit par une uniformisation stérilisante de l'environnement, aussi bien dans les villes bétonnées que dans les campagnes défigurées et appauvries par les immenses champs de l'agriculture industrielle [approfondir].

Monnaie
nationale

L'union monétaire européenne ne peut fonctionner efficacement que s'il y a homogénéité des économies des pays membres, ce qui est difficilement réalisable sans homogénéité culturelle. C'est la raison pour laquelle les politiques économique et culturelle de l'UE, tout en prétendant défendre le "multiculturalisme", font en réalité exactement le contraire en éradiquant progressivement les cultures régionales pour les remplacer par le mode de vie « made in US » (dont l'anglais) [3]. D'autre part nous avons montré que sous certaines conditions de politique économique le change flexible peut propager la croissance des pays en excédant de balance commerciale vers les pays en déficit commercial. Or l'union monétaire (entendue comme monnaie commune et unique) empêche cette autorégulation vertueuse [approfondir]. Il convient donc de sortir unilatéralement de l'Union européenne.

Entreprises
nationales

Dans notre article Concepts > Entreprises publiques nous avons montré que l'État devrait posséder plusieurs entreprises publiques concurrentes dans chaque secteur économique, notamment afin de neutraliser le risque de désindustrialisation causée par la délocalisation d'entreprises privées. Et si nécessaire l'État ne devrait pas hésiter à faire du statut de grande entreprise (soit moins de 1% des entreprises) un monopole public. Nous recommandons également de gérer les entreprises publiques sous statut de coopérative publique.

Libre-échange
souverain

Le principe d'ouverture des marchés nationaux permet sous certaines conditions d'amplifier et propager le développement économique. Mais il peut aussi s'avérer nuisible : dumping, délocalisations, fraude fiscale, néocolonialisme, ... Se pose alors la question : comment éviter que les effets négatifs du libre-échange l'emportent sur ses effets positifs ? Pour ce faire deux conditions nécessaires doivent selon nous être vérifiées :

  1. souveraineté : le libre-échange ne peut être imposé aux États par un pouvoir supra-national ;
  2. conditionnalité : le libre-échange doit être conditionnalisé au respect de normes anti-dumping (social, fiscal et environnemental), c-à-d que les pays qui respectent les normes sociales et fiscales ne doivent pas hésiter à interdire l'accès à leur marché national aux entreprises des pays qui ne respectent pas ces normes.

Pour approfondir lire notre article sur le libre-échange.

Les principes de l'État-nation étant établis, venons-en maintenant à ceux de leur Confédération.

Principes de Confédération des États-nations

La Confédération mondiale pourrait être fondée sur les cinq principes présentés dans le cadre ci-dessous. Cette proposition paraîtra sans doute utopique, mais sa fonction est de susciter la réflexion en sortant du cadre de nos conceptions traditionnelles des relations internationales.

  1. Souveraineté des États-nations : la Confédération ne se situe pas au-dessus mais au côté des États-nations (NB : le préfixe "con" est dérivé du latin "cum", qui signifie "avec").

  2. Complétude minimale :
    • complétude : la Confédération s'implique dans tous les domaines ayant un aspect international (elle a donc vocation à remplacer la plupart des institutions internationales) ;
    • minimale : ne visant pas à devenir un gouvernement mondial (qui serait l'expression ultime du totalitarisme et de l'uniformisation culturelle) la Confédération s'immisce le moins possible dans les domaines du point "complétude", afin de préserver la souveraineté des États-nations notamment en matière de politique économique (budgétaire, monétaire, sociale, industrielle, commerciale), scientifique (enseignement, R&D) et culturelle.

    Ce double principe de complétude minimale peut être également appelé, de façon plus imagée : « surface maximale & épaisseur minimale »).

  3. Langue confédérale : la Confédération ne travaille et communique que dans la langue internationale construite (LIC) qui a été choisie comme la langue Confédérale.

  4. Entreprises publiques confédérales : il s'agit notamment de créer un "Google" et un "Facebook" publics, sous formes d'entreprises publiques multinationales réglementées par la Confédération.

  5. Coordination et autofinancement : la Confédération assume par le biais d'entreprises publiques confédérales :
    • la coordination des activités internationales (normes, rating, médiation, droit international, ...), notamment les normes des échanges anti-dumping ;
    • la gestion des biens confédéraux , notamment :
      • la monnaie confédérale (devise internationale complétant les monnaies nationales), et le système bancaire et financier international (actuellement géré par des organisations privées telles que la Banque des Règlements Internationaux et SWIFT) ;
      • les eaux internationales et l'espace (PS : la Constitution de la Confédération devrait stipuler que les armées nationales ne peuvent naviguer dans – ni survoler – les eaux internationales, seule l'armée confédérale y étant autorisée).

Encore plus loin. Dans une étape suivante on pourrait même imaginer que chaque État cède à la Confédération – de façon définitive et irrévocable – une zone habitable frontalière représentant au maximum 0,1% de son territoire national, et dont la superficie et la population ne peuvent dépasser la valeur moyenne des États de moins de cinquante millions d'habitants. Il y aurait ainsi un État confédéral, au territoire éparpillé, se situant au côté des autres États, et dans la composition duquel aucun de ceux-ci ne serait surreprésenté.

Comment créer la CEN ?

La CEN ne doit pas être composée de l'ensemble des pays de la planète dès sa création. L'initiative peut être lancée par seulement trois ou quatre pays situés sur des continents différents. Plus ces pays seront différents culturellement et politiquement plus l'initiative sera crédible. Ils devront poser les bases des principes énoncés dans la section précédente.

[1] Théorie du relativisme linguistique de Sapir-Whorf. Voir aussi les travaux de Cole (1971) et de Serpell (2000) montrant que ce qui est considéré comme intelligent dans une culture ne l'est pas nécessairement dans une autre.

[2] Il existe cependant de nombreux concepts dont la traduction parfaite est impossible car ceux-ci sont perçus différemment selon la culture linguistique. Par exemple la notion de "temps" n'est pas la même eu Europe et en Afrique (ce qui peut d'ailleurs expliquer pourquoi l'Afrique est difficilement intégrable dans le modèle économique occidental). Mais cet exemple illustre bien le phénomène de relativisation réflexive par la confrontation de conceptions issues de cultures diverses, et qui est source fondamentale de remises en question permanentes et de progrès scientifique.

[3] Une répression idéologique est également menée par la classe politique européenne et leurs amis les journalistes contre les citoyens qui s'opposent à cette « solution finale culturelle », lesquels sont calomniés sous l'accusation de promouvoir le "replis culturel", alors qu'il s'agit exactement du contraire, défendre la diversité culturelle.