Existe-t-il une classe dirigeante ?

Un article du dossier "Obstacles : institutions du contrôle social"
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màj : 21 oct. 2017
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Témoignages

Richard Branson et Barack Obama font du ski nautique

Richard Branson et Barack Obama en 2017

Voltaire : « Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne » [18° siècle, source].

Paul De Grauwe (professeur à la London School of Economics) : « Les milliardaires contrôlent les entreprises, les médias et la politique, une situation dramatique pour une démocratie. Elle ne pourrait prendre fin qu'en cas de pandémie, de catastrophe, de guerre ou de révolution mondiale. Au XIVe siècle, la peste, par exemple, a provoqué une redistribution des revenus, les survivants ayant soudainement un salaire réel plus élevé. Autre exemple : en Allemagne, la Seconde Guerre mondiale a détruit les gros patrimoines, ce qui a permis de rendre le pays plus démocratique dans les années qui ont suivi » [2017, source].

Définition

Le concept de "classe dirigeante" est une entité de taxinomie sociologique visant à étudier ce phénomène complexe par lequel une minorité relativement informelle de la société organise sa domination par un processus relevant aussi bien de l'auto-organisation que d'une politique concertée exercée par des "centres" de pouvoir. Le concept d'"appareil d'État" décrit quant à lui les institutions par lesquelles la classe dirigeante exerce son pouvoir (État, grandes entreprises, universités, presse, ...). Ces objets sociologiques (auxquels on pourrait ajouter "oligarchie", "mafia", ...) sont certes des simplifications de la réalité, mais sans lesquelles il ne serait pas possible d'appréhender la complexité du phénomène de contrôle social.

État profond. Selon Peter Dale Scott, professeur émérite à l'Université de Berkeley, le concept de classe sociale n'est qu'un élément d'un entité plus large, l'État profond ("deep state"), comprenant également la bureaucratie (aux USA et en Russie, l'armée et les services de renseignement) et les lobbies. Ainsi les États profonds US et de l'Union européenne ont en commun une classe dirigeante atlantiste ainsi qu'un influent lobby sioniste, mais se distinguent semble-t-il par l'influence relativement plus grande de l'armée et des services secrets aux USA ,et des lobbies industriels dans l'UE. En Chine le parti "communiste" semble encore jouer un rôle central. Mais qu'il s'agisse des USA, de l'UE, de la Chine ou de la Russie, dans tous les cas on est très loin de la démocratie directe ...

À partir de la notion de classe sociale on peut s'approcher un peu plus de cette complexité en développant les concepts dérivés que sont la conscience de classe, la lutte des classes et la justice de classe.

Conscience de classe

Il existe dans la plupart (la totalité ?) des pays une classe dominante dont la richesse financière non seulement lui confère des capacités d'influence économique et culturelle considérables, mais en outre constitue un lien informel unifiant cette classe sociale. La réalité de sa conscience de classe est illustrée notamment par l'existence de clubs privés tels que Le Siècle (France) le Cercle de Lorraine (Belgique) ou le Bilderberg (pays membres de l'OTAN), essentiellement composés de dirigeants de grandes sociétés et de politiciens.

Richard Branson et Barack Obama font du ski nautique

Les relations d'amitiés entre grandes fortunes et dirigeants politiques (ici Richard Branson et Barack Obama en 2017) illustrent la réalité sociologique du concept de classe dirigeante.

Lutte des classes

Grâce au contrôle des moyens de production du savoir (enseignement et médias) la classe dirigeante est en mesure de construire une description du monde favorisant ses intérêts de classe et les "justifiant" moralement. Ce faisant elle fabrique et propage une image d'elle-même très valorisante (entreprenante, compétente, "multiculturelle", ...), à l'inverse des « masses populaires » plutôt décrites comme paresseuses, peu compétentes ou encore racistes. Celles-ci ne disposant pas de la même puissance de feu médiatique, ne peuvent rivaliser et suggérer - à la classe dominante, mais aussi à elles-mêmes - que ce sont peut-être surtout les malversations et les héritages qui caractérisent les "élites" et que par conséquent c'est peut-être dans les masses populaires que le pourcentage d'individus entreprenants et compétents est le plus élevé. Ce différentiel d' "effet miroir" - induit par le contrôle inégal des moyens de production médiatique - peut expliquer pourquoi la conscience de classe est nettement plus marquée chez les "élites" que dans le reste de la population.

Contrôle des moyens de production de "l'information". En France les milliardaires Serge Dassault et Arnaud Lagardère, héritiers de dynasties industrielles, possèdent à eux deux la majeure partie de la presse écrite nationale. Quant à leur homologue Martin Bouygues il est le principal actionnaire de TF1, première chaîne de télévision française. En 2001 Bouygues et Lagardère ont même participé au renflouement du quotidien "communiste" L'Humanité ! Enfin Libération, l’Express et BFM-TV sont sous le contrôle de l'Israélien Patrick Drahi. Ce contrôle du business de "l'information" par quelques-uns se retrouve au niveau du marché des agences de presse internationales, très largement dominé par un oligopole de trois sociétés : AP, AFP et Reuter.

Justice de classe

L'État joue un rôle déterminant dans le contrôle des moyens de production. C'est pourquoi le contrôle de l'État lui-même détermine si l'on vit en démocratie ou oligarchie, selon que ce contrôle est le fait d'une majorité ou d'une minorité. Ainsi une partie considérable des grandes fortunes provient du détournement de biens publics, notamment par la corruption de responsables politiques [source]. Les (rares) sanctions judiciaires sont essentiellement symboliques : les riches vont rarement en prison, et les éventuelles amendes étant inférieures aux gains des malversations elles sont logiquement non dissuasives. Justice de classe donc, et partant, récidivisme généralisé.

Un cas de figure très illustratif est celui d'Albert Frère, devenu un des plus puissants actionnaires privés de la bourse de Paris, et fait baron par le roi Albert II de Belgique en 1994. Sa fortune fut essentiellement le fruit de ses relations avec la classe politique, et donc d'origine publique (notamment la revente - à un prix surévalué - d'entreprises sidérurgiques à l'État belge, à la fin des années 1970). Sa fortune a véritablement explosé en 1983 suite à un faux en écriture couvert par le gouvernement belge [source p. 97].

Mentionnons enfin les résultats de cette étude réalisée par l'université de Berkeley montrant une corrélation négative entre propension aux comportements éthiques et fortune d'un individu ... [source]. Rien d'étonnant donc que les hautes instances du milieu patronal et politique entretiennent des relations avec le milieu mafieux, dont elles partagent par ailleurs l'anti-communisme viscéral [exemple1, exemple2, exemple3, exemple4, exemple5]. Ainsi le progrès social, économique et technologique ne s'est pas réalisé "grâce à" mais malgré la classe dirigeante. C'est pourquoi l'instauration de la DD constituera un bond évolutif qui se traduira par une explosion du développement durable.

Analyse micro-économique de la lutte des classes par Bernard Friot (5m50s - 2017)

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