Réponses à des critiques

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Màj : 9 déc. 2018

Efficacité

« La dictature d'une oligarchie méritocratique est plus efficace que la démocratie car elle professionnalise, simplifie et accélère le processus de décision » (voir aussi le théorème d'impossibilité d'Arrow).

Déficit informationnel. Le gros problème des "élites" c'est qu'elles vivent généralement en dehors de la réalité de la majorité. Les conséquences de ce déficit informationnel sont délétères comme l'illustre l'échec du projet d'union européenne, initiative oligarchique du lobby industriel européen [source].

Formation. Quant à la démocratie (directe) elle est un excellent moyen de formation et de responsabilisation par la pratique c-à-d par la participation au processus de gouvernance. C'est pourquoi la démocratie – pour autant qu'elle ne soit pas simulée – est plus efficace qu'une dictature (même "éclairée") en terme de progrès social.

Transition. La transition entre démocratie représentative (qui est en fait une oligarchie supposée méritocratique) et démocratie directe requiert non seulement des méthodes et infrastructures adaptée à une gouvernance ouverte et décentralisée, mais également de vaincre les résistances psychiques induites par notre conditionnement – généralement inconscient – aux comportements de soumission/domination.

Désintérêt

« Seule une minorité de la population s'intéresse à la politique, de sorte que la démocratie comme expression de la majorité est une illusion ».

Dans quelle mesure n'est-ce pas justement parce que le système politique est accaparé par la classe politique et ses commanditaires fortunés que de nombreux citoyens s'en désintéressent ? D'autre part il ne faut pas se faire d'illusion : il n'y aura jamais de participation volontaire de tous au processus démocratique, même directe. Cela n'est pas grave, pour autant que quiconque souhaitant y participer jouisse du droit de le faire.

Majorité

« La démocratie est la dictature de la majorité ».

Si nous disons que la démocratie est le moins mauvais des systèmes, c'est parce que nous préférons la dictature d'une majorité à celle d'une minorité. Un État véritablement démocratique ne représente pas seulement une majorité mais aussi ce qu'il y a de commun à l'ensemble des citoyens : désir de justice, de sécurité, de coordination, etc. Ainsi par exemple qui est à même de garantir au mieux le droit des minorités et des individus si ce n'est la majorité composite de l'ensemble des individus et minorités ? Il ne faut pas perdre de vue que la composition de la majorité change à chaque sujet de votation, de sorte que ce n'est jamais la même minorité qui est mécontente du résultat d'une votation "perdue".

Réponse
à Camus

Si je vous dis "La natation ce n'est pas nager dans l'eau mais se déshabiller", la plupart d'entre-vous trouveront cette affirmation absurde (du moins je l'espère pour eux). Mais si je vous dis « La démocratie ce n’est pas la loi de la majorité mais la protection de la minorité » [Albert Camus, Carnets III, p. 260], alors un nombre non négligeable d'entre vous ne trouveront pas cela absurde, alors que cette citation est pourtant construite selon la même "logique" biaisée que la première.

Ce jugement contradictoire et aberrant est typiquement le résultat d'une propagande oligarchique (tiens donc, une minorité ...). À force d'entendre répéter des absurdités par des "leaders d'opinion" (sic), certains d'entre nous, manquant de sens critique, en arrivent à les intérioriser comme faisant partie de la "normalité".

La majorité peut certes se tromper et même opprimer, mais ce peut être aussi le cas d'une puissante minorité oligarchique, que ce soit à l'encontre d'une majorité ou, qui plus est, d'une minorité ! Il n'est donc aucunement justifié de renoncer à la loi de majorité et à la démocratie directe, dont l'avantage essentiel sur tous les autres systèmes politiques est d'éduquer et responsabiliser la population par la pratique de la participation directe au pouvoir politique. Voulons-nous stagner ou progresser ?

Conditionnement

« La DD est illusoire car la supposée "opinion publique" est très influencée par la répétition quotidienne des messages médiatiques dominants [1], qui expriment l'opinion de la classe dirigeante ».

C'est sans doute le cas, mais il ne faut pas sous-estimer le nombre des individus que le conditionnement médiatique n’atteint pas. Ainsi dans l'expérience de Asch environ 60% des cobayes humains ne sont pas influencés. Par conséquent le rapport de force entre classes dirigeante et dominée peut être renversé. On s'étonnera pas à cet égard que l'objectif premier d'un mouvement révolutionnaire est de prendre le contrôle des principaux moyens de production [approfondir].

Taille

« La DD devient impossible dès que la population dépasse une taille au-delà de laquelle il n'est plus possible pour chacun de connaître tous les autres membres de la communauté. Les technologies de vote et d'identification en réseau n'offrent pas de solutions crédibles à cette limitation en raison d'un risque élevé de grave piratage du système ».

Concernant la démocratie directe sans recours aux technologies informatiques il faut noter qu'on a pas encore exploité toutes les possibilités non-technologiques. Par exemple chaque quartier/village pourrait disposer d'un bureau de vote permanent, ce qui permettrait de procéder en permanence à des référendums. Concernant le recours aux technologies s'il faut certes faire preuve de prudence il ne faut pas non plus se laisser emporter par un pessimisme anti-technologique dogmatique et aveugle, qui pourrait nous priver de nouvelles opportunités [approfondir]. C'est pourquoi le projet démocratiedirecte programme une double implémentation du système de gouvernance défini dans l'article "Définition" : l'une sans vote "électronique" (implémentation "blanche"), et l'autre utilisant toutes technologies disponibles (implémentation "noire").

(Ir)Rationalité du vote

Selon le prix Nobel d'économie Jean Tirole, d'un point de vue strictement statistique, la probabilité, pour un individu, de changer le résultat d'un vote à l'aide de son seul vote ("votant pivot") est quasiment nulle dans presque toutes les votations, sauf dans les tous petits groupes [source p. 173].

Il s'agit là d'une analyse individualiste du vote. Or celui-ci participe bien plus d'une approche collective. L'humain peut parfois placer l'intérêt collectif avant son intérêt individuel. Il peut s'agir notamment de participer à la légitimation démocratique d'une décision, quelle qu'elle soit, en maximisant le taux de participation.

Conclusion

  1. Pour être pertinente la critique de la démocratie doit être celle de la démocratie directe puisque celle-ci est une application pleine des principes démocratiques, contrairement au système représentatif.

  2. La présente publication étant une théorie prospective de la DD, il est recommandé dans le cadre d'une analyse critique et comparative d'utiliser comme référentiel notre définition de la DD. On s'aperçoit alors :

    • qu'en raison du progrès technologique l'évolution vers la DD pourrait s'imposer assez rapidement comme une évidence (cf. notamment le concept de décision collective automatique) ;

    • que lorsqu'on étudie avec un sens critique les arguments avancés contre la démocratie directe relativement à la démocratie représentative [exemple] on s'aperçoit qu'en réalité, pour leur grande majorité, ces problématiques s'appliquent également à la démocratie représentative (compétences, travail d'information souvent conséquent, capacité du système à générer des concessions, compromis et consensus, ...) ;

  3. L'avantage essentiel de la démocratie directe sur tous les autres systèmes politiques est d'éduquer et responsabiliser la population par la pratique de la participation directe au pouvoir politique. Voulons-nous stagner ou progresser ?

[1] Messages médiatiques dominants. Dans les JT par exemple les sujets sont certes parfois traités par la comparaison de différents points de vue, ce qui donne l'illusion de neutralité. Mais dans la répétition quotidienne d'un même thème, l'un des points de vue peut-être présenté plus souvent et sous un jour plus favorable, ce qui en fait le message dominant de la thématique traitée. Les messages dominants sont intériorisés par un nombre non négligeable de téléspectateurs.