Milieu associatif : La Ligue des droits de l’Homme et la destruction de la Libye

Un article du dossier "Contrôle social"
màj : 12 oct. 2017
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Introduction

logo de la ligue des droits de l'homme

La Ligue belge des droits de l'Homme est une association subsidiée par l'Etat belge, qui lui fournit 75% de ses recettes (les salaires de ses employés représentant le même pourcentage des dépenses, source). Malgré ce fait la section francophone de la LDH se présente dans les termes suivant (soulignés par nous) :

« Depuis plus de cent ans, La Ligue des droits de l'Homme (LDH) combat, en toute indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, les injustices et les atteintes portées aux droits fondamentaux en communauté française de Belgique » [source].

Le présent article démontre que cette affirmation est mensongère : non seulement la LDH n'est aucunement indépendante du pouvoir politique, mais en outre elle a appelé à l'invasion de la Libye en attisant la haine envers le dirigeant Libyen par des déclarations incendiaires.

Au garde-à-vous

En 2011 la soumission de la LDH à son pouvoir subsidiant - l'Etat belge - est apparue de façon flagrante dans le soutien que cette pseudo "ONG" a apporté en faveur de la participation de l'armée belge à l'agression de l'Etat libyen par les troupes de l'OTAN (et alors que le gouvernement belge n'était alors constitutionnellement en charge que des affaires courantes).

Normalement la ligue belge des droits de l'Homme concentre son activité sur des sujets qui concernent la Belgique : centres fermés, précarité, justice, formation, nouvelles technologies, etc (cf. intro). Evoquer ce qui se passe dans d'autres pays - par exemple l'occupation de la Palestine par l'armée sioniste - ne fait pas partie des attributions de la ligue belge. Néanmoins, à l'occasion de la participation de l'armée belge à l'agression de l'Etat libyen la section belge de la LDH fait une entorse à sa raison sociale, non pas pour dénoncer la violation de la Constitution que constitue l'engagement militaire belge, mais au contraire pour lancer « à la communauté internationale » (sic) un appel (23 février 2011) :

« à se mobiliser de toute urgence face au risque que Mouammar Kadhafi n’adopte une stratégie du chaos pour étouffer le mouvement de protestation qui a gagné l’ensemble du pays » (souligné par nous) [1].

Propagande

Quel enthousiasme, comparé au silence de la même LDH concernant les dictatures familiales pro-US du Qatar et de l'Arabie saoudite ! Lire également les articles de la Ligue des droits de l'Homme attisant la haine en brossant un portrait véritablement hollywoodien du "sanguinaire et raciste" Kadhafi, et lançant de vibrants appels à l'action : www.liguedh.be.

Pourtant dans un rapport publié en 2008, l'OCDE, décrit le régime politique libyen en termes très différents :

« Le système politique libyen repose sur une structure de gouvernance duale qui comprend le « secteur révolutionnaire » d’une part, et le « secteur Jamahiriya » d’autre part. Le premier est composé des comités révolutionnaires dirigés par un « conseil de commandement révolutionnaire » lui même composé de 19 personnes et dirigé par Moammer al-Quadhafi. Le « Guide de la révolution » n’est pas élu et tient sa légitimité de son rôle historique dans la révolution libyenne. La Jamahiriya (littéralement : « la chose des masses ») est composée par les 1 500 congrès populaires locaux, les 32 congrès populaires régionaux (Sha’biyat), et le congrès populaire général (assemblée nationale). Ces entités législatives sont élues et représentées par des entités exécutives correspondantes (comités populaires locaux, comités populaires des Sha’biyat, et comités populaires généraux). Les comités populaires généraux font office de ministères » [source ; voir aussi les recherche de Françoise Petitdemange].

Reportage de TF1 sur le projet de démocratie directe de Kadhafi (2m13s - 1979)

Le fait que la Lybie de Kadhafi figurait en tête des nations africaines dans le classement du développement humain des Nations unies [source] justifiait donc un soutient populaire majoritaire en faveur régime Kadhafiste, thèse confirmée par les témoignages suivants :

Une partie de la population libyenne était certes opposée à Kadhafi, mais il est tout aussi évident que seule une minorité de cette opposition était favorable à une intervention de l'OTAN. La manipulation médiatique atlantiste a précisémment consisté à faire passer cette minorité atlantiste pour une majorité (idem actuellement en Syrie). Car constatant comme chacun la grave régression politique et sociale provoquée par l'installation de gouvernements fantoches inféodés à Washington - notamment au Kosovo, en Irak et en Afghanistan - les libyens n'étaient pas sans ignorer que l'OTAN n'a jamais eu pour mission de propager la démocratie, mais bien au contraire d'installer des gouvernements fantoches inféodés à Washington.

Force est de constater la propagande massivement diffusée par les médias "d'information" et des pseudos "ONG" atlantistes pour imposer aux esprits l'image hollywoodienne selon laquelle dans ces pays insoumis à Washington ce serait l'enfer dictatorial, et ici le paradis démocratique. On nous a clairement refait le coup de l'Irak et de l'Afghanistan où, après les habituelles fabrications médiatiques (faux témoignages sur de prétendus "massacres de nourrissons en couveuse", images de "foules en révolte" liées en réalité à d'autres faits, armes de destruction massive, etc), il apparaît aujourd'hui que la résistance aux invasions atlantistes a le soutien d'une partie considérable des populations locales.

Anne Morelli, Professeure de critique historique à l’Université Libre de Bruxelles, a bien décrit les principes de la propagande de guerre dans l'affaire libyenne : falsification des véritables motivations de « l'intervention » militaire, diabolisation de "l'ennemi", minimalisation du véritable coût humain de la guerre [source].

Résultat catastrophique

La population libyenne n'a pas été libérée, elle n'a pas acquis la démocratie : seule l'élite dirigeante a changé. La classe dirigeante lybienne est aujourd'hui sous le contrôle du gouvernement US, dont elle partage manifestement le culte de la violence. On se souviendra à cet égard de la réaction odieuse d'Hilary Clinton au meurtre de Kadhafi.

Entre l'ère Kadhafi et la situation actuelle la population libyenne n'a pas gagné au change, c'est le moins qu'on puisse dire. Après les bombardements de l'OTAN, qui ont provoqué des milliers de victimes ciblées et "collatérales" [source1, source2], les populations libyennes vivent sous un régime de terreur infligé par des mercenaires.

Alors à qui profite le changement de régime ? La réponse est donnée notamment par le premier ministre belge en fonction à l'époque des faits (Yves Leterme) : « il est logique que certains pays qui ont pris leurs responsabilités en Libye, comme la France et la Belgique, bénéficient de plus de retombées économiques que d'autres, tels que l'Allemagne ou la Russie. Il est important que le CNT reconnaisse que la Belgique a été très active, très courageuse » (RTL, 2 septembre 2011). Au cours des sept mois de campagne aérienne, les six F-16 belges ont largué 473 bombes ... [2].

A supposer qu'une majorité de libyens aspirait à un changement de régime on peut aujourd'hui constater que les agents "islamistes" de l'OTAN ont volé leur révolution aux libyens ! Cependant la résurgence du mouvement Kadhafiste en 2014 confirme la thèse selon laquelle la prétendue "révolution libyenne" fut une fabrication médiatique fondée sur l'intervention de mercenaires à la solde des forces atlantistes [source].

Conclusion

Le régime de Kadhafi - despote éclairé plutôt que "dictateur sanguinaire" - avait beaucoup moins de sang sur les mains que les dirigeants des pays impérialistes de l'OTAN. Cela, et surtout ses réalisations pour l'émancipation des femmes et de l'économie du continent africain (il avait pour projet de créer une monnaie africaine), lui ont valu l'amitié indéfectible de Nelson Mandela [source], Fidel Castro [source] et Hugo Chavez [source]. Voilà les véritables crimes de Kadhafi, au regard de l'exaspérante hypocrisie atlantiste.

En collaborant servilement à la propagande impérialiste la LDH a participé à promouvoir une intervention néocoloniale qui fut meurtrière et dévastatrice. Si la LDH était indépendante du gouvernement belge elle aurait plutôt oeuvré à ce que celui-ci ne collabore pas à l'imposture humanitaire des pompiers pyromanes de l'OTAN. Cette interview du représentant de la LDH libyenne confirme que la LDH fut au contraire un agent déterminant de la propagande atlantiste visant à noircir le régime kadhafiste.

On peut donc conclure qu'est mensongère la déclaration selon laquelle la Ligue belge des droits de l'Homme « combat, en toute indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, les injustices et les atteintes portées aux droits fondamentaux en communauté française de Belgique ». Bien au contraire la LDH s'est comportée en agence de propagande au service de "l'Alliance" atlantiste, pour "justifier" la participation à une agression néocoloniale. La servilité de la LDH Belgique fut criminelle [source] : c'est un implicite appel aux meurtres qu'elle a lancé par ses communiqués incendiaires.

À quoi sert
la LDH ?

Mais, direz-vous, la LDH ne fait-elle pas par ailleurs un travail utile ? On citera par exemple l'action exercée par la LDH pour promouvoir l'accueil des réfugiés. Mais pour répondre avec précision à la question posée, il ne faut jamais oublier l'exemple de la destruction de la Jamahiriya libyenne, et de toutes les autres interventions néocolonialistes des armées de l'OTAN, systématiquement "justifiées" par des rapports de prétendues "ONG" telles que la LDH et Amnesty International. On notera la récurrente "naïveté" des ces organisations face aux récurrents et éhontés mensonges de la propagande atlantiste [exemple].

On peut résumer la logique de ces ONG comme suit : défendre réellement les droits humains et la paix si et seulement si cela sert les intérêts atlantistes et l'idéologie de la religion "libérale" qu'elle propage. Ainsi l'on notera que le louable accueil des réfugiés a également pour effet d'encourager la venue d'une main d'oeuvre bon marché (et - on en parle beaucoup moins - de vider le pays d'émigration des forces vives de la population, ce qui a systématiquement pour effet de maintenir ces pays dans la dépendance par rapport à l'étranger). L'arbre qui "cache la forêt" est certes réel, mais il "cache la forêt". Les nombreux bénévoles qui participent aux actions de la LDH et de AI feraint bien d'être plus critiques par rapport aux dirigeants de ces organisations.

[1] Cet appel publié sur le site belge de la LDH (source) fut originellement lancé par « la Fédération internationale des droit de l'Homme (FIDH) et la Ligue libyenne des droits de l’Homme » (sic). Mais si l'on cherche le site ouaib de cette LDH libyenne on arrive en fait sur une page du site ouaib de la FIDH, dont le siège est à ... Paris ! La ligue libyenne ne semble pas avoir de site ouaib, mais par contre un secrétaire général, le Dr Sliman Bouchuiguir, résidant en Suisse, et dont je vous invite à visionner cet interview très révélateur. En novembre 2011 Bouchuiguir fut nommé ambassadeur de Libye en Suisse ...

[2] Source : RTBF. NB : La Belgique était un des 18 pays participants à l'opération Unified Protector (sic).

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