Logiciel libre vs open source

Un article du dossier Analyses > Cyberdemocratie
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Màj : 22 août 2018

Une quinzaine de points, trois logos, et une trentaine de liens pour approfondir. Conseil de lecture : procéder en trois étapes : (i) structure : lire seulement les entêtes des 15 points (caractères gras) ; (ii) contenu : lire l'article sans cliquer sur les liens (pour ne pas se noyer) ; (iii) approfondir : relire l'article en cliquant éventuellement sur les liens pour approfondir.

  1. Droit de propriété. La vente d’un logiciel implique la cession de droits d'utilisation mais ne transfert pas les droit de propriété du logiciel. Celui-ci demeure propriété de son auteur, personne physique ou personne morale (entreprise), qui conserve les droits accordés par le droit d'auteur, notamment le monopole de la copie [source].
    Approfondir : Propriété intellectuelle ; logiciel propriétaire.

  2. Quatre libertés. Un logiciel est libre si son utilisateur jouit de la liberté [source] :

    • d'exécuter le programme sans restriction ;
    • d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier (ce qui requiert l'accès au code source) ;
    • de redistribuer des copies ;
    • de distribuer des versions modifiées.
  3. Le modèle libre correspond à une philosophie de développement et d'utilisation, qui considère que le principe de logiciel privatif est non éthique : si les utilisateurs ne peuvent contrôler l'intégralité d'un programme, celui-ci peut conduire à des abus de pouvoir dans le chef des personnes détenant les droits de propriétés (NB : cette notion de liberté renvoie donc au contrôle démocratique des moyens de production). La principale organisation de promotion du logiciel libre est la Free Software Fundation (FSF).

  4. Le modèle open source (historiquement postérieur à celui du libre) correspond à une stratégie de développement et de marketing, qui n'impose aucune restriction à la combinaison de logiciels privatifs et open source (on dit que l'open source est "permissif", à l'inverse du libre qui est dit "viral"). Le but n'est pas la liberté d'utilisation mais l'efficacité d'utilisation. La principale organisation de promotion du logiciel open source est la Open Source Initiative (OSI), qui est sponsorisée notamment par Google, Facebook, Microsoft, IBM et Intel ... [source].

    Business modèles. Comparé au libre, l'open source offre probablement de plus grandes potentialités de retour sur investissement, mais également plus d'obligations envers les utilisateurs (notamment la garantie).

  5. Les licences de logiciel :
    • open source doivent respecter dix conditions ;
    • libre sont classées en deux groupes [source] :

      • licences libres compatibles avec la GPL (le sommet de la hiérarchie) ;

        Dont les licences open source d'Intel et du NCSA (University of Illinois) ainsi que certaines licences BSD.

      • licences libres incompatibles avec la GPL.

        Dont la licence BSD originale.

    Les différences entre licences libres et open source sont minimes : pratiquement tous les logiciels libres sont open source et presque tous les logiciels open source sont libres [source]. Une différence essentielle apparaît cependant lorsque la licence libre comprend un copyleft.

  6. Copyleft. La GPL comprend une copyleft, qui stipule qu'il est illégal de distribuer la version améliorée d'un logiciel libre autrement que comme logiciel libre. Le redistributeur ne peut donc ajouter des restrictions de son cru.

    Alors que la licence open source autorise cette transmission de la licence aux distributions dérivées, le copyleft l'oblige (NB : on retrouve ici la plus grande permissivité de l'open source).

    Une licence libre peut être compatible avec la GPL sans pour autant comprendre de copyleft [vérifier].

  7. Propriétaire vs privatif. Pour mettre un logiciel sous copyleft, il faut d'abord le protéger par un copyright. L'auteur qui licencie un logiciel sous une licence libre n’abandonne pas ses droits sur le logiciel, il les accorde aux utilisateurs lors de la distribution du logiciel, comme pour un logiciel dit "propriétaire". Voilà l'explication de la dénomination "copyleft" : alors que les développeurs de logiciels privateurs utilisent le copyright pour restreindre la liberté des utilisateurs, les développeurs de logiciels libres l'utilisent pour l'étendre. C'est pourquoi copyright est "inversé" en copyleft.

    Public. Comprenons donc bien que le logiciel libre "copylefté" est "propriétaire" mais "non privatif". N'est-ce pas là une bonne définition de "public" ?

  8. GPL. La Licence publique générale GNU (GPL) est une licence libre avec copyleft : elle donne à tous le droit de copier, étudier, modifier et redistribuer les versions modifiées du logiciel.

  9. Domaine public. Logiciel "du domaine public" veut dire logiciel "non soumis au copyright" (droit d'auteur). C'est la manière la plus simple de faire d'un programme un logiciel libre, c'est aussi un cas particulier de logiciel libre « non-copylefté ». Mais cela autorise aussi des personnes à en faire un logiciel privateur en y effectuant des changements, nombreux ou non. Ceux qui recevront le programme dans sa forme modifiée n'auront pas la liberté que l'auteur original leur avait donnée : l'intermédiaire l'aura fait disparaître. C'est pourquoi la plupart des logiciels libres ne sont pas dans le domaine public mais sous copyright, leur détenteur ayant donné à chacun la permission légale de les utiliser en toute liberté, via une licence de logiciel libre avec copyleft.

    Selon la convention de Berne (que la plupart des pays ont signée) tout ce qui est écrit est automatiquement sous copyright. Cela comprend les programmes. Par conséquent, si vous voulez que le programme que vous avez écrit soit dans le domaine public, vous devez faire des démarches juridiques pour renoncer au copyright, sinon le programme demeure sous copyright [source]. Le copyleft est donc un copyright modifié.

  10. Commercialisation. La licence libre autorise la commercialisation des logiciels libres. Notons à cet égard que si un programme est libre, mais non copylefté, alors certaines copies ou versions modifiées peuvent ne plus être libres du tout. Une société informatique peut compiler ce programme, avec ou sans modifications, et distribuer le fichier exécutable sous forme de logiciel privateur [source].
    Approfondir : modèle économique open source.

  11. Distribution. La distribution Linux recommandée par gnu.org est GNewSense, libre à 100%. C'est celui-là que les administrations publiques devraient utiliser. Les particuliers pourront plus facilement utiliser Debian, qui présente l'option d'installer les logiciels non libres (dont les pilotes d'imprimantes, de carte graphiques, etc).

  12. Matériel. Idéalement le principe de liberté du logiciel devrait être étendu au matériel.

  13. Qualité. Il semble que la qualité des logiciels libres est équivalente à celles des logiciels non open source. En outre l'accès libre au code permet de vérifier son contenu. Cependant selon Ken Thomson, co-concepteur du système UNIX : « You can't trust code that you did not totally create yourself. (...) No amount of source-level verification or scrutiny will protect you from using untrusted code. (...) As the level of program gets lower, these bugs will be harder and harder to detect. A well installed microcode bug will be almost impossible to detect » [source]. Cette affirmation est-elle cependant pertinente dans le cas de logiciels ouverts et interconnectés, évoluant constamment par l'action d'une multitude de développeurs eux aussi interconnectés, et dont la capacité de travail est démultipliée par l'intelligence artificielle ?

  14. Opposition. Le principe de logiciel libre s'oppose à celui de gestion des droits numériques (DRM en anglais). Il s'agit de schémas techniques ayant pour but de protéger les droits des propriétaires en imposant des restrictions aux utilisateurs de l'informatique (PS : du point de vue de ces derniers il s'agit donc plutôt de "gestion numérique des restrictions").

  15. Gouvernement. Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre.

gnu.jpg

Logos du projet GNU/Linux (une distribution Linux libre) et de son noyau Linux,

open-source.jpg

Logo de opensource.org


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