Milieu académique

Un article du dossier "Contrôle social"
màj : 12 oct. 2017
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Mon premier employeur, à la fin des années 1980, fut le département d'économie appliquée de l'Université libre de Bruxelles. Après des études peu motivantes en raison de la nature idéologique du cursus d'économie, je découvris les effets pervers liés à la dépendance des départements de recherche vis-à-vis de leur clients commanditaires "d'études scientifiques" (syndicats, ministères, lobbies industriels, ...).

Depuis le début des années 2010 j'assiste régulièrement aux conférences publiques de l'Académie royale de Belgique, dont la principale mission est de favoriser les échanges entre les diverses disciplines scientifiques. Je lis également la plupart des publications scientifiques de l'Académie.

Il m'est par conséquent impossible de ne pas constater à quel point dans leur grande majorité, les professeurs et chercheurs d'université sont influencés - jusqu'à avoir intériorisé - l'idéologie "libérale". Cela est vrai aussi bien pour les sciences dites "exactes" (physique, biologie, chimie, ...) que les sciences dites "humaines" (histoire, économie, droit, ...), mais nettement plus parmi ces dernières.

Le choix des conférences et des conférenciers programmés par cette institution scientifique belge révèle un véritable rouleau compresseur idéologique, que l'on peut résumer en deux points : apologie du libéralisme et dénigrement du communisme. Cette grave régression qui a corrompus le monde universitaire partout en Europe depuis les années 1980, a notamment été portée en Belgique francophone par le militantisme d'Hervé Hasquin, recteur de l'Université libre de Bruxelles de 1982 à 1986 puis président du CA de 1986 à 1995. Mais Hasquin fut surtout actif en tant que politicien libéral (député, sénateur, ministre), et cela pendant trois décennies. La nomitation de ce militant atlantiste et anticommuniste obsessionnel à la tête de l'Académie royale de Belgique en 2008 laisse évidemment perplexe. Notons enfin que la religiosité libérale d'Hervé Hasquin n'est évidemment pas étrangère à son militantisme laïque affiché : il s'agit là d'un cas flagrant de compensation.

Tout cela serait finalement risible s'il n'y avait le principal résultat de cette dérive au niveau politique : l'Union européenne et sa politique de déconstruction des États, et partant des services publics ainsi que de toute politique industrielle organisée.

Le phénomène n'est évidemment pas limité à la Belgique, comme en témoigne le développement des "programmes d'Études européennes" (sic) dans les université de ses pays membres.

Programmes
d'Études
européennes

L'analyse des programmes d'Études européennes révèle que leur objectif n'est pas du tout de comprendre le phénomène politique de l'Union européenne selon les principes de la méthode scientifique. Ainsi nous n'avons trouvé à ce jour aucune publication de départements de recherche en Études européennes remettant en question la pertinence économique ou encore la légitimité politique de l'UE, projet conçu essentiellement par des lobbies industriels [source].

Comme nous l'avons montré ici et ici il existe pourtant de nombreux et solides arguments mettant cette pertinence en question. Nous avons demandé par courriel à la directrice de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles si elle avait connaissance de telles publications critiques par des départements de recherche tels que le sien, mais cette demande d'information est restée sans réponse, ce qui en dit long. Ces programmes d'Études européennes ne peuvent pas même être justifiés par la nécessité de former des cadres pour une administration publique européenne puisqu'il n'existe pas d'État européen. En réalité ces programmes servent essentiellement à fabriquer une image de scientificité aux départements de "recherche" qui les conçoivent, et à leurs publications relevant de la pure propagande néolibérale et atlantiste.

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