Partis politiques

Un article du dossier "Contrôle social"
màj : 12 oct. 2017
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Le discours et les actes

Bonimenteur

Bonimenteur ?

C'est un fait aujourd'hui bien connu des politologues et économistes : si les programmes électoraux varient certes selon la couleur politique, par contre les mesures effectivement réalisées par les gouvernements de "gauche" ne sont pas significativement différentes de celles implémentées par les gouvernements de droite.

Une explication possible de ce phénomène est que la participation à un gouvernement implique de faire des compromis imposés par les contraintes réelles (et par d'autres partis en cas de gouvernement de coalition).

Le présent article propose une autre explication (qui n'exclut pas la précédente) : ces réalisations politiques auraient systématiquement pour effet de préserver le pouvoir et les intérêts de la classe dominante. On notera à cet égard l'invocation sans fin d'une "crise économique" (avérée ou non), d'une "concurrence internationale" (avérée ou non) et la nécessité de « relancer l'économie » en diminuant les impôts (des plus riches ) et en diminuant les salaires (des moins riches).

Selon cette thèse, dans le bac à sable où le système oligarchique leur accorde une liberté d'action savamment circonscrite, les politiciens disent tout et n'importe quoi, en fonction de leur agenda politique personnel. Ils ont bien compris la règle du jeu : il n'y a aucune raison d'entretenir un lien quelconque entre leurs discours et les actes politiques qui seront effectivement traduits en réalités économiques, sociales et culturelles. La finalité du spectacle est de distraire les électeurs-spectateurs par rapport à ces réalités.

La fable du
"populisme"

Il y a une mystification dont il faut définitivement tordre le coup, c'est l'idée selon laquelle les politiciens auraient une propension au "populisme". Leur véritable propension est en réalité de servir les intérêts de leurs sponsors. S'il y a populisme, c'est uniquement dans le cadre - limité et illusoire - du bac à sable évoqué plus haut.

Populisme. Ce concept est typiquement issu du vocabulaire de la classe dirigeante. Il repose implicitement sur l'idée selon laquelle les masses seraient bêtes et racistes, tandis que la classe dirigeante serait compétente et respectueuse de l'éthique. Ainsi selon ce même discours le petit caporal Hitler n'aurait pas accédé au pouvoir grâce au soutient discret de puissants milieux anticommunistes mais parce qu'une majorité d'Allemands auraient brusquement eu pour objectif dans la vie de faire la guerre à 80% de la planète afin de construire une race de blonds aux yeux bleus !

Il suffit par exemple de constater la construction à marche forcée de l'Union européenne pour voir que la classe politique résiste avec zèle à la "pression des électeurs". Ainsi malgré que le projet de "Constitution européenne" (traité de Rome, 2004) - document truffé de violations flagrantes des principes constitutionnels élémentaires - fut majoritairement rejeté en 2005 au référendum par les populations française, hollandaise puis irlandaise, la classe politique de ces trois pays a ignoré le résultat du référendum en continuant de transférer à l'UE une partie toujours croissante de la souveraineté nationale (traité de Lisbonne, 2007-9).

Écoutez cet interview (particulièrement bien réalisé) de Francis Dupuis-Déri, professeur au Département de science politique de l'UQAM, selon qui les fondateurs de nos "démocraties" modernes n'ont jamais eu la moindre intention de "donner le pouvoir aux peuples".

Le spectacle gauche-droite

Le modèle de référence du système "représentatif" est le système bi-partisan en vigueur aux USA, où les deux partis principaux (Démocrate et Conservateur) sont conçus comme deux marques différentes d'un même produit, masquant le fait qu'il s'agit en réalité d'un parti unique au service de la classe dirigeante. Ainsi 57% des membres du Congrès US font partie du 1% les plus riches de la population [source], de sorte que près de 100% des membres du Congrès US font partie du 5% les plus riches de la population ...

Pseudo suffrage universel. Nombreux dans le monde sont ceux qui croient que le président US est élu par la population (suffrage universel). Or en réalité la population US n'élit qu'un petit comité de "grands électeurs" dont les candidats sont choisis par les partis politiques [source]. Ce "suffrage universel indirect" (sic), permet donc de garantir que le président sera un candidat des plus riches.

Aux USA comme en Europe le système des partis politiques fonctionne dans une logique de clivage "gauche-droite". Politiciens, journalistes, artistes et scientifiques médiatisés jouent un rôle essentiel dans la mise en scène de ce spectacle hautement manipulateur. Son caractère factice réside dans le fait qu'en réalité tous les partis politiques - de l'extrême gauche à l'extrême droite - collaborent à la domination de l'oligarchie. Cette mise en scène est fondée sur un scénario composé de deux grands principes : le casting et la dramatisation.

Répartition
des rôles

Dans le paysage politique qui caractérise le régime "représentatif" la "gauche" revendiquerait l'égalité tandis que la "droite" défendrait la liberté. En réalité ce que défend la "droite" (entendez : la classe dominante et ceux qui les servent) c'est la liberté d'abuser du pouvoir que confèrent les inégalités de richesse. La preuve en est que l'oligarchie ne s'est jamais privée de circonscrire la liberté des "masses populaires", généralement en invoquant "l'ordre et la sécurité". À cet égard il est frappant de constater que les USA - archétype prétendu de la démocratie - sont le pays où le taux d'emprisonnement est le plus élevé au monde ... [source].

Si l'on fait abstraction des discours et que l'on observe les actes, force est de constater que les partis dits "de gauche" (socialistes, écologistes, communistes) servent en réalité à amener les citoyens les plus politiquement naïfs à voter lors des élections et ainsi à valider un système politique faussement "représentatif". Cela permet à l'oligarchie de canaliser cette population dans une structure incapacitante (les partis) et de faire passer les mesures les plus oligarchiques par des leaders de ces partis (exemple : les réformes "Hartz" du marché du travail en Allemagne - source1, source2).

Quant à eux les partis d'extrême-droite reprennent systématiquement à leur compte les critiques véritablement séditieuses et constituant une menace pour l'oligarchie (ce en quoi ils sont grandement aidés par leur surmédiatisation). Ils servent ainsi de machine à salir tout ce qui dans le débat politique est potentiellement libérateur. C'est notamment le cas du discours remettant en question la pertinence économique et la légitimité politique de l'Union européenne. Le pouvoir européiste tente ainsi de museler l'opposition en la calomniant, de façon à peine voilée, de fasciste.

Front national. Du "détail de l'Histoire" de Jean-Marie Le Pen à l'attitude suicidaire de Marine Le Pen lors du dernier débat électoral contre Macron avant l'élection présidentielle 2017, les récurrents "dérapages" des dirigeants de ce parti familial sont en réalité savamment contrôlés. Les Le Pen ont bien compris quel rôle il peuvent jouer (celui du méchant) dans le grand spectacle de la "démocratie représentative". Ce n'est qu'en respectant ces règles tacites que les médias et les sociétés de sondage leur donneront les moyens de briguer de rémunérateurs mandats de parlementaire.

Notons enfin qu'en l'absence de caméras de télévision les politiciens "modérés" et "extrémistes" sont généralement "à tu et à toi", comme des comédiens après une représentation théâtrale mettant en scène des "gentils" opposés à des "méchants". Tous se tiennent par la barbichette de leur corruption. Certains seront certes éliminés lorsque l'exige la conjoncture des forces tectoniques européistes (cf. lors des présidentielles 2017 le lynchage médiatique du candidat François Fillon dont le background catholique avait scellé le sort).

Les pseudos débats médiatisés

De l'égalité des genres aux émissions de CO2, les appareils d'État ont une flagrante propension à surmédiatiser certaines problématiques au détriment d'autres pourtant plus fondamentales (car se situant plus en amont dans la chaîne de causalité). N'est-ce pas là précisément la fonction de ces surmédiatisations ?

Bonimenteur

La religion verte. Ainsi le battage médiatique sur la problématique des émissions de CO2 n'est-il pas l'expression d'une nouvelle religion qui ne dit pas son nom ? Comme toutes les religions, elle a pour effet de détourner notre attention d'une question fondamentale (et qui n'est certainement pas étrangère au phénomène de pollution) : la lutte des classes pour le partage des richesses.

P.S. Le lecteur qui verrait dans l'opposition entre Trump et Macron sur ce thème une infirmation de la présente thèse, ne doit pas perdre de vue le principe énoncé plus haut : pour un politicien il n'y a aucune raison d'entretenir un lien quelconque entre discours et actes : quelle qu'elles s’avéreront in fine, les mesures qu'implémenteront effectivement Trump et Macron serviront les intérêts de leur classe. Bien évidemment ils le feront en prétendant servir le bien commun (ne jamais oublier : le politicien professionnel ne conçoit ni n'entretient aucun lien entre son discours et ses actes).

Effet de serre. François Gervais, qui s'est porté volontaire pour être examinateur du rapport AR5 du GIEC, conteste la conception univoque et réductrice qui fait du gaz carbonique le responsable de tous les maux en matière de climat, et dénonce les exagérations alarmistes [conférence, interview]. À l'instar de l'astrophysicien Nir Shaviv, un nombre croissant de scientifiques pensent que la cause déterminante du réchauffement climatique n'est pas l'activité humaine mais l'activité solaire [source].

Égalité des genres. À part quelques exceptions (il y aura toujours des intolérants) l'homosexualité n'est plus ostracisée.

Islamisme. Ce ne semble pas être le cas dans les pays musulmans. Mais il est important de noter à cet égard que le militantisme islamiste sunnite est un phénomène moderne exploité voire créé de toute pièce par les puissances atlantistes afin de contrer la propagation du communisme durant la première moitié du 20° siècle, puis de l'anti-impérialisme [exemple].

Enfin dans certaines professions le déséquilibre des genres a même été inversé, c'est notamment le cas des juristes aujourd'hui très majoritairement composés de femmes.

Laver plus blanc. Rejetée par une part substantielle et croissante de la population la classe politique tient un discours de plus en plus moralisateur, et qui est la négation même de ses actes.

Barrières à l'entrée

Le système des partis politiques est bien "cadenassé" par la classe dirigeante, principalement via les diverses techniques de financement des partis, et le contrôle de l'accès aux médias de masse. En effet, sans l'accès au financement ("public" et privé) et aux médias de masse, il est extrêmement difficile de mener une campagne électorale pouvant concurrencer efficacement les grands partis ayant les faveurs de l'appareil d'État. Pour obtenir financement et accès aux médias de masse il faut faire allégeance au système, notamment - dans l'UE - en ne remettant pas en question le principe de l'Union européenne.

Sondages. Les "instituts" de sondage, sont en réalité des entreprises commerciales, dont l'objectif est par conséquent de maximiser leurs profits. Pour ce faire elles ont intérêt à proposer une gamme de produits que l'on peut classer en deux groupes : (i) une offre à bas-prix, dont le caractère prévisionnel est aléatoire (environ autant de prévisions infirmées que de confirmées) de sorte que les clients sont incités à acheter de nouveaux sondages de ce type (l'objectif de ces clients de seconde classe étant de préserver leur visibilité médiatique) ; (ii) une offre à prix élevés qui produit systématiquement le résultat souhaité par l'acheteur. Ainsi durant la présidentielle 2017, les médias (ou plutôt leurs fortunés propriétaires) - dont Macron était visiblement le candidat favori - ont acheté des sondages à prix élevé et favorables au candidat européiste.

Le cas de François Asselineau. Le résultat électoral de François Asselineau, qui fut un des onze candidats au premier tour de l'élection présidentielle française de 2017, est une parfaite illustration de ce phénomène de barrière à l'entrée.

Le cas Trump

L'apparente opposition de l'appareil d'État US à l'égard du président Trump s'explique-t-elle parce que, ayant financé lui-même sa campagne électorale, il ne serait pas sous contrôle ? À leur actuelle il n'est pas facile d'y voir clair. "Wait and see", donc. Ceci dit il y a toujours eu des désaccords et des luttes d'influence au sein de la classe dirigeante quant à la meilleure stratégie à adopter pour préserver ses intérêts. Finalement le fond de la problématique reste le même : les barrières à l'entrée qui font que le modèle "démocratique" US est bien une supercherie. La vraie démocratie ne peut être que directe.

Pas besoin de complot

Il n'est nul besoin d'invoquer de possibles complots pour expliquer ce phénomène d'auto-organisation : l'opportunisme des uns (maximisation des profits des acteurs du spectacle médiatique) et la crédulité des autres (les électeurs-spectateurs) suffisent amplement.

À noter cependant que - particulièrement dans les universités US - est développée depuis le début du 20° siècle une science de la manipulation des masses (publicité, marketing, communication, psychologie sociale, ...), laquelle peut évidemment être utilisée à des fins politiques. Ainsi la campagne électorale du président Macron est réputée pour avoir été conçue et réalisée par des personnes maîtrisant parfaitement ces techniques. La vidéo suivante en est une parfaite illustration.

Des enfants utilisés dans une publicité électorale de Macron (1m21s - 2017)

Bien que la mise en scène montre Macron parlant à des enfants, il s'adresse en réalité à des électeurs, donc à des adultes. Le message implicite - que les spectateurs les plus influençables vont intégrer inconsciemment - est : « Je suis un enfant, il est le maître --> le président ». Ceci est le message principal, tandis que ce qu'écrit Macron au tableau est le message secondaire. Un principe fondamental est que le message principal est implicite tandis que le message secondaire est explicite. Celui-ci a pour fonction de voiler celui-là, et d'ainsi le soustraire au filtrage critique par le destinataire, ce qui l'inscrira d'autant plus facilement dans son inconscient.

L'analyse du message secondaire n'est pas sans intérêt. Outre qu'elle révèle (du moins aux spectateurs critiques) un faible intérêt de Macron pour les questions d'éthique (le travail des enfants), cette vidéo résume la stratégie de ce représentant du lobby bancaire : s'accorder avec toutes les formes que peut prendre "l'État profond" (tel que défini par Peter Dale Scott, professeur émérite à l'Université de Berkeley), de la gauche à la droite. Ainsi Emmanuel Macron ne s'oppose ni à l'existence de l'OTAN, ni à celle de son bras politique qu'est l'Union européenne.

Faire de la politique

Les deux courtes vidéos ci-dessous montrent que faire de la politique ne s'improvise pas. Cela demande de l'expérience. Mais expérience de quoi ? Ou autrement posé : c'est quoi "faire de la politique" ?

Force est de constater que "faire de la politique" c'est essentiellement participer à des joutes verbales devant un public plus ou moins large : sur un plateau de télévision, lors d'une séance parlementaire, etc. L'essentiel du véritable travail - le traitement des dossiers - n'est pas réalisé par les parlementaires/ministres mais par leur secrétariat/cabinet.

Macron. Le cas d'Emmanuel Macron, relativement nouveau en politique et apparemment très à l'aise en public, s'explique selon nous par le fait que les médias, qui ont largement participé à son élection, évitent systématiquement de le mettre véritablement en difficulté lors de joutes verbales. En outre il est hautement probable qu'il ait bénéficié d'une formation spécifique en la matière.

Mais à qui ces joutes verbales sont-elles utiles ? Servent-elles l'intérêt public, ou au contraire ne sont-elles que des performances de professionnels de la tchatche et de l'enfumage, "sponsorisés" par de puissants commanditaires ?

Un élément de réponse est donné par le cas de la Belgique au début des années 2010 : en comparaison avec l'ensemble des pays européens l'économie belge devint brusquement particulièrement florissante lorsque l'activité du gouvernement fut limitée aux affaires courantes de juin 2010 à décembre 2011 (soit un an et demi) ! Ces faits renforcent la thèse de la "prédation des richesses", selon laquelle le progrès économique et social ne s'est pas réalisé grâce à mais malgré la classe dirigeante (c'est pourquoi selon nous l'instauration de la démocratie directe devrait déclencher un bond évolutif qui se traduira par une explosion du développement durable).

Cela ne signifie pas que les anarchistes ont raison de prôner le laisser-faire total, mais plutôt que l'on pourrait considérablement améliorer le fonctionnement de notre société en développant une culture de la démocratie directe. Cependant ces deux vidéos révèlent qu'il n'existe pas encore de véritable culture démocratique au sens de praxis politique. En simulant la démocratie le régime "représentatif" maintient les citoyens dans l'impuissance et la passivité, et par conséquent dans l'absence d'expérience de la pratique politique.

L'élection cosmétique de "représentantes" novices « issues de la société civile » ne change rien à cette réalité, et d'autant moins lorsque les candidats du parti ne sont pas choisis démocratiquement par la base mais par la direction du parti (ce qui est le cas du parti En Marche : source).

L'avenir

taux de participation aux élections européennes

Source : europa.eu

Abstentionnisme majoritaire. Le tableau ci-contre montre que le taux de participation aux élections européennes n'a jamais cessé de baisser et est même minoritaire depuis 1999. Le taux de participation est logiquement plus élevé aux élections nationales et encore plus aux élections communales, mais la tendance baissière est générale.

Comment faut-il interpréter ce phénomène ? S'agit seulement d'un inquiétant avachissement de la population ou au contraire est-ce le signe que les masses sont de moins en moins manipulables ?

Vers le parti unique. Autre évolution importante : le clivage gauche-droite tend à s'estomper. En France la classe dirigeante adapte sa stratégie de domination en passant du modèle bi-partisan à celui du parti unique. Mais il ne s'agit que de rebranding, une opération de pure marketing, qui ne change rien aux idées ni aux commanditaires.

Évolution
médiatique

Négative. D'une part force est de constater un flagrant formatage et abrutissement des populations via (i) la violence hallucinante des jeux vidéos, (ii) le conditionnement politique et consumériste par la télévision (JT, reportages, émissions diverses, ...).

Positive. D'autre part Internet permet (du moins à ceux qui en font l'effort) de passer du passif statut de consommateur à celui de producteur d'informations (au sens large : créations vidéos, analyses politiques, etc). Des technologies telles que les chaînes de blocs, contrats intelligents et cryptographie quantique ont pour effet de rendre réalisable la démocratie directe à grande échelle, et à un niveau de sécurité qui est loin d'être inférieur à celui de nos très surestimés traditionnels systèmes électoraux [approfondir].

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