Stratégie pour réaliser la DD

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Màj : 15 juil. 2019 – # pages A4 : 14

Principes stratégiques

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Stratégie

La réalisation de la démocratie directe (DD) implique deux groupes : la classe dirigeante (*) vs le reste de la population. Il s'agit de renverser le rapport de force actuellement en faveur de la classe dirigeante. Cette prise du pouvoir requiert l'application méthodique d'une stratégie efficace c-à-d adaptée à l'objectif que l'on veut réaliser.

(*) Le phénomène de classe dirigeante relève bien moins souvent du "complot" que de l'auto-organisation, c-à-d d'un phénomène collectif spontané et non organisé mais conduit par des intérêts partagés ou convergents [approfondir].

Une stratégie consiste en un plan d'actions prenant en compte les éléments favorables et défavorables du contexte (social, politique, économique, technologique, ...) dans lequel se situe la réalisation du projet. Il s'agit notamment (i) d'évaluer correctement les forces et faiblesses des parties en présence, et (ii) d'anticiper leurs réactions stratégiques.

Concernant notre projet il importe en particulier :

  • de prendre en compte le rôle déterminant joué par le contrôle des moyens de productions de masse (MPM), c-à-d les grandes sociétés (soit moins de 0,1% des entreprises), à commencer par les banques, les chaînes de télévision et la presse, le secteur énergétique, les télécommunications et les transports : celles-ci devraient être nationalisées et gérées sous statut de coopérative publique pour que la démocratie directe ne retombe dans les simulacres de la démocrate représentative ;

  • de ne pas "mettre la charrue avant les boeufs" : la nationalisation des grandes sociétés, et leur gestion en coopératives publiques ne fait sens que si l'on dispose préalablement des moyens pour les gérer efficacement de façon collective, or les instruments pour ce faire – et partant la culture au sens de praxis – n'existent pas ou ne sont pas encore assez développés.

Il faut donc procéder chronologiquement en deux étapes :

  1. Construire un système de gestion collective concevoir les procédures, et implémenter les infrastructures du système de DD dont les principes de bases sont définis dans l'article Définition ;

    Cette première phase est confrontée au dilemme de la poule et de l'œuf : idéalement un système démocratique devrait être conçu démocratiquement, ce qui requiert un ... système démocratique ! Pour gérer ce dilemme notre méthodologie exploite le principe de boucles de rétroaction.

  2. Prendre le contrôle des principaux moyens de production les salariés des grandes sociétés nationalisent leurs entreprises et les gèrent sous statut (à créer ...) de coopératives publiques.

La première étape est développée dans l'article "Méthodologie", la seconde dans les sections suivantes.

Prise de contrôle des MPM

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Problématique

Dans la section précédente nous avons rappelé que la DD implique nécessairement le contrôle démocratique des moyens de production de masse (MPM), c-à-d les grandes entreprises (soit moins de 0,1% des entreprises). Cependant, dans de nombreux pays les MPM sont essentiellement la propriété d'un très petit nombre d'individus (moins de 1% de la population !). Par conséquent, pour pouvoir exercer leur contrôle, il faut donc préalablement prendre ce contrôle. Comme il est hautement probable que certains des propriétaires privés des MPM tenteront de s'y opposer par tous les moyens (par exemple en payant des mercenaires) il convient d'organiser la nationalisation de ces biens communs de façon intelligente, minimisant le recours à la force.

Droit de propriété. On peut comprendre que les propriétaires de MPM considèrent comme injuste la nationalisation de ces biens, surtout s'il les ont créés sans recourir à des méthodes illégales. La nationalisation ne peut donc être moralement justifiée que si l'on considère que ses effets positifs pour la collectivité l'emportent sur cette limitation du droit à la propriété.

Patriotisme économique. Un élément important de cette problématique est que, contrairement aux PME qui sont généralement des entreprises familiales et intégrées dans une économie locale, la structure de l'actionnariat des grandes entreprises est "dépersonnalisée" : les actionnaires sont nombreux, ne se connaissent pas, et ne sont généralement pas motivés par le plaisir de participer au développement de la région où ils habitent, n'ayant pour unique objectif que de maximiser leurs profits (dividendes et plus-values), notamment en délocalisant vers des régions où les contraintes légales en matière d'environnement et de conditions de travail sont plus laxistes voire inexistantes (dumping environnemental et social).

À noter enfin : le fait que la conscience de classe est (beaucoup) plus marquée chez les riches que chez les pauvres est probablement lié au contrôle des moyens de production de masse (MPM), notamment ceux de "l'information" (presse, médias) et du savoir (enseignement).

Pour approfondir la réflexion sur ces questions, voir :

La prise de contrôle des MPM privés peut être réalisée par deux voies complémentaires : politique et révolutionnaire.

Voie politique

Connaissez-vous un seul parti politique (i) qui applique la démocratie directe (telle que définie dans l'article "Définition") comme mode de fonctionnement interne, et (ii) dont le programme contient la nationalisation des MPM, voire ne serait-ce que la présence d'au moins quelques entreprises publiques concurrentes dans chaque secteur stratégique ?

Si vous désirez construire un tel parti, nous avons conçu pour vous un canevas : tutmondigo.net, est un concept de parti politique multinational dont le programme ne comprend que deux points, mais fondamentaux (*) : la démocratie directe (partage du pouvoir politique) et l'allocation universelle (partage du pouvoir financier).

(**) La cause des causes. Par "fondamentaux" nous entendons le fait que le partage des pouvoirs politique et financier est une condition préalable au traitement efficace de problématiques induites : chômage, dette publique, environnement, flux migratoires, droits des minorités, droits des femmes, etc.

Cependant il ne faut pas se faire d'illusion : la probabilité que la voie politique suffise à elle seule est faible [approfondir : tutmondigo.net/defis]. Il convient donc de la compléter par une approche disruptive.

Voie révolutionnaire

Légitimité

Pour être moralement justifiée la révolution DD (démocratie directe) requiert le soutien d'une majorité de la population. Le nœud de la problématique étant ici de pouvoir certifier qu'il y a bien majorité, ce qui confirme la pertinence de la chronologie évoquée au début de cet article.

D'autre part, pour être viable la révolution DD requiert la participation d'un nombre suffisant de militaires et policiers. Cette participation peut se limiter au refus de s'opposer à la révolution populaire (désobéissance civile) :

  • syndicats de policiers déposant un préavis de grève [exemple] ;
  • policiers retirants leurs casques [exemple] ;

    NB : parfois cela peut cependant n'être qu'un moyen pour calmer des manifestants, par exemple dans l'attente de renforts.

  • soldats refusant de tirer contre la foule [exemple].

On notera que les manifestations sont autant d'occasions pour l'appareil d'État (*) de créer des confrontations entre policiers et manifestants, et dont la surmédiatisation permet ainsi d'attiser la haine entre les deux groupes.

(*) Nous entendons par "appareil d'État" l'ensemble des organisations publiques et privées au moyen desquelles la classe dirigeante exerce son pouvoir d'influence (chaînes TV, ONG subsidiées, universités, services de renseignement, ...).

Les violences policières contre les gilets jaunes sont une parfaite illustration de cette stratégie du "diviser pour régner". L'explosion du nombre de suicides au sein de la police [source] ne serait-elle pas le signe que les policiers de base sont instrumentalisés par la classe dirigeante ?

Il est donc vital que révolutionnaires et policiers ne se laissent pas entraîner dans ce piège. Pour ce faire il importe que les deux groupes entretiennent et médiatisent des relations fraternelles (PS : ce qui se justifie d'autant plus que la majorité d'entre eux sont de braves gens).

Initiative

L'armée peut adopter une démarche proactive en prenant le pouvoir et en contraignant le gouvernement et le parlement à ne traiter que les affaires courantes pendant une période de trois à cinq ans [1]. Pendant cette période le pouvoir militaire encourage et aide la population à concevoir et implémenter le système de démocratie directe défini dans notre article "Définition", en appliquant la méthodologie développée dans notre article "Méthodologie".

On peut certes craindre que la dictature militaire, plutôt que de se considérer comme transitoire, décide de conserver le pouvoir. Cependant il faut prendre en compte l'évolution des mentalités. Le 21° siècle n'a plus grand chose à voir avec les précédents car un saut évolutionniste sociologique est en train de se réaliser. Internet et en particulier les réseaux sociaux rendent aujourd'hui réaliste une coopération spontanée entre citoyens militaires et civils.

Contrairement à l'initiative militaire qui peut être le fait d'un groupe d'officiers, l'initiative civile relève d'un processus viral qui pour être efficace doit atteindre une masse critique de participants. Or cette dynamique serait évidemment facilitée dans le cas d'une initiative militaire telle que décrite ci-dessus.

Mais il est également possible que ce soit le phénomène inverse qui se produise. En effet nous allons peut-être découvrir qu'Internet et ses réseaux sociaux permettent d'atteindre cette masse critique beaucoup plus rapidement que ce que nous imaginions. Dans ce cas un vaste mouvement populaire pourrait entraîner une majorité des militaires et policiers dans son sillage ...

Dans un cas comme dans l'autre les employés des services publics, entreprises publiques ainsi que des grandes entreprises privées stratégiques (banques, chaînes de télévision et presse, secteur énergétique, télécommunications & transports, ...) pourraient alors en prendre le contrôle pour les gérer en coopératives publiques.

Étude de cas

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1871 : Commune de Paris

Cette insurrection populaire fut permise par la défaite de l'armée française contre l'armée prussienne, qui défila dans Paris avant de se retirer. Les insurgés, petits bourgeois et prolétaires, profitèrent alors d'une vacance apparente du pouvoir. Cependant, étant peu mobiles, et concentrés en un lieu unique, il furent facilement écrasés par les canons de l'armée française, placés notamment sur la butte Montmartre, d'où la bourgeoisie aisée observa le massacre avec soulagement [fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Paris_(1871)].

1919-1920 : Bienno Rosso

Suite à la révolution russe d'octobre 1917 l'idéologie communiste se répand partout dans le monde. Entre 1919 et 1920, l'Europe est touchée par une vague de grèves et de manifestations de travailleurs réclamant l'augmentation des salaires et la journée de 8 heures. En italie les luttes ne se limitent pas aux syndicats : des conseils d'ouvriers armés – créés spontanément sur le modèle des Soviets russes – prennent le pouvoir dans des usines. Leur objectif est l'appropriation et l'autogestion. Il s'agissait donc d'un début de révolution, mais celle-ci échoua en raison d'un manque de stratégie et méthodologie préalables, face à un pouvoir moins ébranlé que ne l'était l'aristocratie russe au moment de la révolution [source].

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Les "Guardie rosse"

1936-1938 : Front populaire

À L'issue des élections du 3 mai 1936 le Front populaire (socialistes, radicaux, communistes, ...) obtient 57% des suffrages et 63 % des sièges de la Chambre des députés (PS : le parti communiste est celui qui connaît la plus forte progression, au détriment du parti socialiste qui restait cependant le premier du Front). Les dirigeants des partis politiques et syndicats du Front populaire vont alors être débordés par leurs militants de base (affiliés et non-affiliés, dont un nombre important de femmes), qui occupèrent les usines dans le but de mettre fin à la propriété privée des moyens de production. Apeuré, le patronat va alors faire des concessions allant au-delà de ce que demandaient les partis du Front populaire : augmentation des salaire de 12%, réduction du temps de travail de 48 à 40 heures, congés payés de 2 semaines, conventions collectives ! (accords de Matignon, 8 juin 1936). Malgré ces victoires la base du mouvement ouvrier veut aller plus loin (collectivisation et autogestion) et continue l'occupation des usines. C'est alors que la direction du parti communiste prit position pour briser le mouvement révolutionnaire, qui fut ainsi neutralisé grâce à la puissance organisationnelle du parti.

NB : À l'époque les femmes n'ont pas encore de droit de vote. Celui-ci ne leur sera accordé qu'en 1944. Le vote des femmes aurait-il accru ou au contraire diminué le succès électoral du Front populaire ?

Ce que fut le front populaire (JT 1981, 1m42s)

Le commentaire (août 1936) du journal New-Yorkais World Telegraph reflète la réaction positive de la presse anglosaxone : « Que la France ait opéré une révolution comme celle qu'elle vient de traverser sans verser de sang, voilà qui met une belle plume à son bonnet phrygien. Ainsi la France prouve qu'avec les États-Unis et l'Angleterre elle est une des trois grandes démocraties du monde. Fondamentalement, ce qui est beaucoup plus important, c'est que la France a démontré que les réformes radicales pouvaient s'opérer sans verser de sang. Les nations qui sont encore capables de cette sagesse sont bien peu nombreuses mais elles doivent se féliciter » [source p. 212]. À l'opposé, les principaux journaux français ont combattu le Front populaire et considérablement participé à diviser l'opinion publique (notamment par la calomnie et l’antisémitisme dirigés contre des membres du gouvernement Blum) et à provoquer la chute du gouvernement de Front populaire deux ans après les élections de mai 1936.

Suite au succès du Front populaire Maurice Guérin, cadre régional de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), déclarait en 1936 : « Nous sommes au carrefour historique où finit un monde et où commence un autre monde. Un nouveau monde appelle nécessairement un nouveau droit. Ce nouveau droit social doit comporter des modifications à l'exercice du droit de propriété comme à l'exercice de l'autorité » [source, p. 114].

Mais la révolution n'ayant pu être menée à son terme suite à la neutralisation par le parti communiste, les principaux moyens de production sont restés sous le contrôle de la classe dirigeante, notamment les médias "d'information", ce qui lui permit de dénigrer et déstabiliser le gouvernement du Front populaire, qui tomba deux ans après sa victoire électorale. Sont demeurés cependant les principaux acquis du Front populaire : les congés payés, la réduction du temps de travail avec la semaine de quarante heures et l'établissement des conventions collectives.

1953-1959 : Révolution cubaine

Les révolutionnaires cubains étaient relativement bien organisés et avaient un objectif précis : renverser la dictature de Batista par les armes. À noter que le contexte géographique et politique était particulièrement favorable à une révolution : trois chaînes de montagnes [source] où la guérilla pouvait vivre en clandestinité, absence d'idéologie politique marquée au sein de la guérilla au moment de la révolution (NB : ce n'est qu'après la révolution que le gouvernement révolutionnaire s'est converti au communisme).

Depuis 1962 Cuba subit un embargo économique de la part du gouvernement US [source]. Par conséquent en l'absence de cet embargo les performances économiques de Cuba seraient bien plus élevées. L'objectif de cet embargo est de jeter la population cubaine dans la pauvreté pour l'inciter à se révolter contre le gouvernement révolutionnaire et amener celui-ci à instaurer un régime autoritaire.

Guerre économique. On notera à cet égard :
  • les similitudes avec la révolution iranienne et l'embargo US contre l'Iran, les deux gouvernements révolutionnaires entretiennent d'ailleurs d'étroites relations [source] ;
  • à contrario l'efficacité des boycotts peut expliquer les campagnes de diffamation (propagées notamment via Wikipédia) à l'encontre du mouvement BDS de boycott contre le régime colonialiste et ségrégationniste d'Israël.
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1997-2002 : Mouvement altermondialiste

Lorsqu'au début des années 2000 je fus actif au sein de la mouvance altermondialiste (Forum Social et ATTAC), j'ai rapidement constaté que ce mouvement potentiellement révolutionnaire était sous contrôle étroit de l'appareil d'État, via des syndicalistes et des salariés d'ONG subsidiées, qui constituaient l'essentiel des cadres du Forum Social et d'ATTAC.

J'ai également constaté que les cadres du Forum social et d'ATTAC étaient très proches de la classe politique via le PS et les écologistes. Ils organisaient des manifestations (en étroite collaboration avec les services de police) sur des thèmes qui critiquaient l'OTAN et son bras politique européen qu'est l'UE, mais sans jamais revendiquer la dissolution de ces institutions capitalistes. Il s'agissait notamment de perpétuer le mythe d'une "Europe sociale" perpétuellement "à venir" (ce qui, quinze ans plus tard est toujours le cas ...).

Une connaissance d'université qui était très actif au sein du parti socialiste belge, du syndicats socialiste FGTB, et responsable d'une section locale d'ATTAC m'a même expliqué avoir transmis à la police la liste des membres de sa section « afin que la police ne les intimides pas » (sic).

J'eu confirmation de ce contrôle systémique lorsqu'un ancien parlementaire qui fut membre de la commission d'enquête sur les Cellules Communistes Combattantes (années 1980), déclara lors d'une conférence organisée par ATTAC en 2002, que les CCC étaient infiltrées par des indicateurs de la gendarmerie, de la Sûreté de l'État, et de l'OTAN (ces infiltrants représentaient donc environ 25% des membres des CCC !).

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Black-bl... euh, non, policiers (les autres BB sont généralement plus chétifs).

Je constatai également que l'action de la police lors des manifestations "anti-capitalistes" consiste systématiquement à inciter les manifestants à la violence. Je fus ainsi témoin d'une action flagrante de provocation où un officier donne instruction à trois policiers harnachés de protections "robocop" de longer les grilles d'un parc occupé par les manifestants afin d'inciter ceux-ci à lancer des projectiles.

Ces expériences m'ont appris que le contrôle exercé par l'appareil d'État sur l'opposition non officielle est fondé notamment sur l'infiltration de toute organisation ou mouvance dissidente, de la base jusqu'au sommet, et cela par deux approches complémentaires :

  • approche passive de surveillance ;
  • approche active d'influence.

La seconde est moins connue du grand public car elle opère souvent en dehors du cadre légal, notamment lorsqu'il s'agit d'instrumentaliser des organisations ou mouvances à des fins politiques.

Au contrôle systémique efficacement exercé par l'appareil d'État s'ajoute une grande faiblesse stratégique dans le chef des révolutionnaires novices : "tirer dans toutes les directions" en ne distinguant pas les causes essentielles et leur problématiques dérivées. Il en résulte un énorme gaspillage d'énergie et de temps, conduisant généralement à l'épuisement du mouvement. En outre, lorsque les "révolutionnaires" n'ont pas de programme, stratégie et méthodologie connus de tous (ce qui est généralement le cas des anarchistes), il en résulte soit que le pouvoir en place neutralise voire instrumentalise leur action, soit qu'un autre pouvoir leur vole leur révolution.

2018-2019 : Gilets jaunes

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Gilets jaunes en France, Belgique et Pays-Bas.

En novembre 2018 un vaste mouvement populaire s'insurge, en France puis en Belgique, en raison d'un revenu disponible réel insuffisant. Sont pointés du doigt l'injustice fiscale (les privilèges fiscaux pour les plus riches, sur le dos des moins riches) et en particulier l'effet de la fiscalité environnementale sur le coût de la vie. La classe dirigeante est également dénoncée pour ses privilèges et son incapacité à comprendre le sort de la majorité de la population.

Ce mouvement s'exprime dans la rue par des manifestations apparemment spontanées.

À l'opposé du mouvement altermondialiste né vingt ans plus tôt aux USA, et qui en France et Belgique était structuré par des syndicats de travailleurs, celui des gilets jaunes semble (i) non organisé (*) et (ii) socialement et politiquement nettement plus large. Ainsi selon plusieurs sondages une large majorité de la population serait favorable aux revendications des GJ [source].

(*) À moins qu'il ne s'agisse d'un phénomène nouveau né avec les réseaux sociaux, et par lequel s'auto-organiserait une forme d'intelligence collective ...

Réaction

Étant peu voire pas structuré le mouvement des gilets jaunes est moins facilement récupérable par l'appareil d'État, mais aussi plus fragile. Pour neutraliser un mouvement révolutionnaire les techniques habituelles des appareils d'État sont :

  • le dénigrement : provoquer ou fabriquer des incidents, qui sont alors surmédiatisés, pour discréditer le mouvement révolutionnaire ;
  • la récupération : fabriquer – cette fois par une surmédiatisation positive – de prétendus "représentants" (ou "portes-paroles", "délégués", "leaders" ou encore "gourous", peu importe le nom) pour canaliser le mouvement dans une voie de garage (exemple).
Stratégies

Le succès du Front populaire en 1936 (*) confirme que des actions coercitives tels que blocages, grèves et occupations d'usines peuvent forcer le gouvernement à se plier aux revendications du mouvement. Mais dans la plupart des cas les acquis sont souvent de court terme voire illusoires dès lors que le gouvernement arrive finalement à ses fins par des voies détournées.

(*) Parler de "succès du Front populaire" c'est "voir le verre à moitié plein". Une autre interprétation est que la classe dirigeante a finalement réussi à conserver le pouvoir en échange de concessions.

Une solution plus rationnelle est de s'attaquer à la source du problème, qui est que la démocratie "représentative" ne représente que la minorité des plus riches. L'objectif autour duquel le mouvement des GJ devrait se cristalliser est donc le remplacement de celle-ci par la démocratie directe.

Il ne s'agit évidemment pas de quémander naïvement le RIC, mais de concevoir et développer nous-mêmes, collectivement, un système gouvernemental de démocratie directe. Il convient en outre de ne pas sous-estimer l'ampleur quantitative et qualitative du travail à réaliser.

Conclusion

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Les faits établis dans le présent article nous permettent d'établir des principes fondamentaux des "lois de la révolution" :

  1. les dirigeants des syndicats et partis de gauche (communistes compris) sont toujours à la traîne de la base du mouvement révolutionnaire, et contribuent à le canaliser – voire à le neutraliser – préservant ainsi le système oligarchique (PS : cela peut s'expliquer par le fait que sociologiquement ces dirigeants sont généralement plus proches de la classe dirigeante que de leur base) ;

  2. la presse, généralement sous contrôle de quelques grandes fortunes ou de banques, contribue à conditionner et diviser l'opinion publique et ainsi à empêcher un soutien populaire massif en faveur de la révolution ;

  3. plus la révolution est préparée aux niveaux stratégique et méthodologique, plus elle est en mesure de prendre efficacement et pacifiquement le pouvoir à la classe dominante ;

  4. plus le mouvement révolutionnaire se produit simultanément dans un grand nombre de pays, plus il est efficace (effet de masse, alliances stratégiques, ...) ; c'est précisément la fonction de tutmondigo.net.

Concrètement il convient de mener de front trois types d'actions complémentaires, se renforçant mutuellement :

  1. Actions de terrain : blocages < grèves < occupations d'entreprises < ... (PS : "<" signifie "est plus petit que" ...) :
    • portée de court terme (*) ;
    • permettent de démontrer la popularité du mouvement, et d'obtenir des concessions sur des points d'urgence ;
    • mais ne s'attaquent pas à la cause essentielle (le contrôle démocratique des pouvoirs politique et financier).

    (*) Les expériences historiques suggèrent qu'il n'y a pas encore la culture (au sens de praxis) permettant de transformer une occupation d'usine en nationalisation pérenne ⇒ aller au point 3 ...

  2. Action politique traditionnelle : cf. tutmondigo.net :
    • mesure d'accompagnement ;
    • permet (i) de collecter des informations sur le système en place (ce devrait être la principale voire unique fonction des élus du mouvement), (ii) d'entretenir une visibilité médiatique pérenne du mouvement (*), et (iii) d'internationaliser le mouvement (si le parti est conçu comme tutmondigo.net) ;

      (*) Avec cependant le risque que les résultats électoraux – qui sont surdéterminés par les sponsors, voire dans certains pays trafiqués – ne donnent de la popularité du mouvement une image très éloignée de la réalité (mais si tout le monde en est conscient alors c'est ok).

    • mais a peu de chance de conduire au remplacement du système représentatif.

    N.B. Cette action politique doit être menée avec rigueur pour ne pas prêter le flanc à la prise de contrôle du mouvement par la classe dirigeante [approfondir]. Mais surtout, elle ne doit être considérée que comme un complément au point essentiel, qui est le suivant ...

  3. Action de R&D : concevoir et implémenter collectivement un système de DD, ce qui permettra alors de nationaliser efficacement les grandes entreprises (soit moins de 0,1% des entreprises) ; il s'agit donc d'une mesure de fond traitant la cause essentielle (le contrôle démocratique des pouvoirs politique et financier) de façon proactive (réaliser plutôt que quémander).

    Pour ce faire il convient :

    1. de définir clairement les principes de base de ce que l'on entend par "démocratie directe" (cf. l'article "Définition") ;
    2. d'appliquer une méthodologie mûrement réfléchie pour concevoir et implémenter collectivement de façon efficace un système gouvernemental fondé sur la définition convenue (cf. l'article "Méthodologie") ;
    3. d'appliquer une stratégie visant à prendre le contrôle des principaux moyens de production (c-à-d les grandes entreprises, soit moins de 0,1% des entreprises), contrôle sans lequel le meilleur des systèmes démocratiques et la meilleure des Constitutions seront sans effets notables.

    Si notre méthodologie est appliquée par au moins une dizaine de personnes par groupe de R&D, c-à-d 10.000 personnes, travaillant à une moyenne d'au moins cinq heures par semaine (NB : il s'agit évidemment de volontariat, réalisé en plus des activités habituelles ...), le système de DD dont les principes de base sont définis dans l'article Définition pourrait être réalisé en cinq à dix ans.

[1] Rappelons à cet égard qu'en comparaison avec l'ensemble des pays européens l'économie belge fut particulièrement florissante lorsque l'activité du gouvernement fut limitée aux affaires courantes de juin 2010 à décembre 2011 (soit un an et demi) !