Syndicats

Un article du dossier "Contrôle social"
màj : 12 oct. 2017
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Introduction

Manifestation syndicale

Le discours dominant dans le milieu patronal est que les syndicats seraient nuisibles aux performances de l'entreprise. Cependant les diverses études économiques réalisées sur le sujet sont contradictoires, de sorte que globalement elles ne confirment ni infirment l'opinion patronale. Une autre thèse est que la relation entre syndicats et employeurs serait de type "gagnant-gagnant" [source].

Le présent article, qui analyse la nature des relations entre dirigeants syndicaux et milieu patronal, suggère qu'en l'absence de démocratie directe au sein des syndicats ceux-ci peuvent devenir un instrument au service des propriétaires de l'entreprise, et au détriment de leurs salariés.

Mais avant d'aller plus loin le lecteur est invité à visionner la courte vidéo ci-dessous, qui résume les diverses activités des syndicats.

Patrice Laroche, A quoi servent les syndicats ? (2m51s - 2016)

Syndicats sous contrôle patronal

En 2002 je trouvai sur Internet une liste de participants présumés à une réunion du groupe Bilderberg qui eut lieu en Ecosse en 1998. Sur cette liste figurait le nom de Mia De Vits, secrétaire générale du syndicat socialiste belge FGTB de 1989 à 2002.

Je vérifiai cette information le plus simplement qu'on puisse imaginer : en téléphonant à la FGTB et en demandant à parler à Mia De Vits. La réceptionniste me brancha sur la secrétaire de Mia De Vits, qui me répondit que Madame De Vits n'y était restée qu'une seule journée sur les trois prévues pour cette réunion. L'information était donc bien exacte : Mia De Vits avait bel et bien été invitée à participer à une réunion du Bilderberg, et elle avait bien accepté l'invitation de ce club discret réunissant essentiellement dirigeants de grandes sociétés, politiciens et têtes couronnées des pays atlantistes ...

Voici d'autres faits qui confirment la thèse selon laquelle les dirigeants syndicaux seraient aujourd'hui au service des appareils d'État (grandes sociétés, institutions, O"NG", classe politique, ...), et auraient pour mission (i) de neutraliser les revendications "radicales" des salariés et (ii) de faire passer des revendications patronales auprès de l'opinion publique :

  • Belgique : le lâchage du syndicaliste belge Roberto D'orazzio par la direction de la FGTB lors de la fermeture des Forges de Clabecq en 1997 ;
  • Belgique : le support apporté en 2013 par le SETca (Syndicat des employés, techniciens et cadres de la FGTB) à la fédération patronale du secteur financier contre de nouvelles taxes sur le secteur bancaire, plutôt que de demander la nationalisation de celui-ci [source].
  • France : la généralisation du phénomène de corruption des dirigeants syndicaux par le patronat est aujourd'hui un fait avéré [source1, source2].

Se pose alors la question de savoir si la main-mise patronale sur les syndicats aurait toujours existé, ou bien si le phénomène est plus récent.

À noter que dans le premier cas, les "acquis syndicaux" historiques (congés payés, salaire minimum légal, etc) ne devraient plus être considérés comme étant aussi "progressistes" que ne le suggèrent les livres d'histoire dès lors que ces acquis eurent logiquement été plus importants - voire d'une nature carrément différente, plus en adéquation avec les intérêts de la classe ouvrière (par exemple l'allocation universelle telle que définie par nous) - si les syndicats avaient été dès le départ sous contrôle des travailleurs plutôt que des propriétaires des grandes sociétés ...

Pour approfondir ces questions l'analyse historique s'impose.

Histoire des syndicats

Produit de l'industrialisation le syndicalisme moderne est est né en Angleterre où il fut sévèrement réprimé et interdit jusqu'en 1824. En France ce n'est qu'en 1864 - soit quarante ans plus tard - que syndicalisme et droit de grève seront autorisés par la loi. La légalisation des syndicats eut pour effet l'augmentation de leurs ressources financières, ainsi que la pacification des relations entre syndicats et patronat. Une question intéressante est de savoir si cette évolution a profité également aux deux parties, ou principalement à l'une d'elle, et dans ce cas laquelle ...

À L'issue des élections du 3 mai 1936 le Front populaire (socialistes, radicaux, communistes, ...) obtient 57% des suffrages et 63 % des sièges de la Chambre des députés (PS : le parti communiste est celui qui connaît la plus forte progression, au détriment du parti socialiste qui restait cependant le premier du Front). Les dirigeants des partis politiques et syndicats du Front populaire vont alors être débordés par leurs militants de base (affiliés et non-affiliés, dont un nombre important de femmes), qui occupèrent les usines dans le but de mettre fin à la propriété privée des moyens de production. Apeuré, le patronat va alors faire des concessions allant au-delà de ce que demandaient les partis du Front populaire : augmentation des salaire de 12%, réduction du temps de travail de 48 à 40 heures, congés payés de 2 semaines, conventions collectives ! (accords de Matignon, 8 juin 1936). Malgré ces victoires la base du mouvement ouvrier veut aller plus loin (collectivisation et autogestion) et continue l'occupation des usines. C'est alors que la direction du parti communiste prit position pour briser le mouvement révolutionnaire, qui fut ainsi neutralisé grâce à la puissance organisationnelle du parti.

Ce que fut le front populaire (JT 1981, 1m42s)

À partir de 1945 Washington entame la prise de contrôle des syndicats d'ouvriers en Europe, afin d'y neutraliser l'influence du communisme. Cette opération sera dirigée par un membre de l'AFL-CIO, la principale association syndicale aux USA. Il s'agit d'Irving Brown, dont les services secrets français ont confirmé qu'il était un agent de la CIA. En France Brown fut l'instigateur de la scission en 1948 de la CGT par la création de CGT-FO, soutenue par le syndicat allemand DGB et les Trade Unions britanniques, relais de l'AFL-CIO [source, édit. 2014 - p.75-78]. L'infiltration du milieu syndical se réalisera progressivement, jusqu'à être totale vers la fin des années 1970. C'est précisément à partir de cette époque que l'idéologie libérale - celle des plus riches - va se propager au sein de l'aile "gauche" de la classe politique des pays européens ...

Cette même décennie vit l'explosion du chômage, notamment suite à la crise pétrolière. Le taux de chômage est demeuré fixé au niveau élevé atteint au début des années 1980 en raison (i) de l'automatisation croissante et (ii) des délocalisations d'entreprises privées vers des pays à bas salaires. Ces délocalisations ont provoqué une désindustrialisation car dans le même temps la classe politique européenne n'a pas développé un noyau d'entreprises publiques mais au contraire a vendu la plupart d'entre elles à des entreprises privées (et en se faisant probablement d'autant mieux rétribuer pour ces énormes cadeaux, que les prix de cession étaient sous-évalués ...). L'Union européenne a particulièrement encouragé ce mouvement de déconstruction du noyau productif d'entreprises publiques.

Or force est de constater que les dirigeants syndicaux ne revendiquent ni la sortie hors de l'atlantiste et illégitime Union européenne, ni la nationalisation des grandes sociétés.

Dans ces conditions il n'est pas particulièrement surprenant de constater la baisse constante du taux de syndicalisation et du nombre de jours de grève depuis la fin des années 1970.

Armée de réserve du prolétariat

L'expression "armée de réserve du prolétariat" décrit le phénomène suivant :

le chômage augmente --> le taux de syndicalisation et les grèves diminuent --> la croissance des salaires et la diminution du temps de travail ralentissent voire s'inversent --> la baisse structurelle du taux de profit ralentit voire s'inverse.

Taux de profit aux État-unis et en Europe [source]

Taux de profit

À contrario les taux de syndicalisation les plus élevés de l'OCDE (taux > 60%) sont observés en Finlande, Danemark et Suède [source]. Or ces économies figurent non seulement parmi les plus performantes, mais également parmi celles où les écarts de revenus sont les plus faibles [source].

Évolution
technologique

La baisse du nombre de syndiqués n'est sans doute pas étrangère non plus à l'évolution technologique et ses effets : internationalisation des entreprises, sous-traitance à des pseudo "autoentrepreneurs", etc. Selon nous la fonction syndicale est plus que jamais nécessaire mais doit s'adapter, elle-aussi, à l'évolution de la société si l'on veut éviter que s'accentue le clivage entre une minorité d'ultra-riches et une majorité de la population vivant dans le stress voire la précarité. La vidéo suivante aborde cette problématique, mais l'intervenant étant dirigeant syndical celle évoquée dans le reste du présent article est évidemment ignorée (les critiques qu'il évoque au début sont celles provenant du patronat).

Les défis du syndicalisme face aux mutations des entreprises, des technologies et du travail

Conclusion

À partir des année 1980 il ne fait plus aucun doute que les (dirigeants des) syndicats sont sous le contrôle des appareils d'État. Il importe donc que les syndiqués (re?)prennent le contrôle de leurs organisations ou en créent de nouvelles. Idéalement leur fonctionnement devrait être basé sur les principes de la démocratie directe (cf. coopératives publiques).

Pour comprendre le fonctionnement des syndicats il est primordial de distinguer la base (majoritaire) et les cadres (minoritaires). L'appareil d'État confie aux cadres la mission de "protéger" la base contre l'influence des "extrémistes" [exemple]. Assumer fidèlement cette mission c'est la condition "si ne qua non" pour garantir la pérennité du financement patronal aussi bien qu'étatique. Une autre mission - officieuse cette fois - pourrait être de concevoir des actions syndicales ayant pour effet de retourner l'opinion publique contre les syndiqués (par exemple organiser des grèves pendant les périodes d'examens).

Syndicats sous surveillance. Une connaissance d'université qui est membre du comité de direction d'une grande société m'a un jour confié qu'il n'avait eu qu'à téléphoner à un contact à la Sûreté de l’État pour avoir connaissance du dossier que le service du renseignement intérieur de l'Etat belge avait constitué sur un délégué syndical particulièrement critique vis-à-vis de la direction de l'entreprise. « Je sais tout sur lui ! » avait-il précisé en accentuant le mot "tout".

Enfin selon un enquête de l'université de Leuven publiée en 2016, 72% des électeurs belges sont favorables aux syndicats et au droit de grève. 51% des électeurs sont cependant sceptiques et critiques sur le fonctionnement des syndicats [source].

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