XI.3. Le modèle associatif

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Màj : 24 mai 2024   –   # pages : 19

Organisation basique de la démocratie

https://democratiedirecte.net/association#organisation-base-democratie
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L'association à but non lucratif est un fondement institutionnel de l'intelligence collective et de tout système politique démocratique. Elle en constitue une condition nécessaire, notamment parce que l'association est le moyen organisationnel par lequel la société peut évoluer, à partir de la base, spontanément. C'est pourquoi le présent chapitre est probablement un des plus fondamentaux de democratiedirecte.net.

La typologie du milieu associatif est extrêmement variée, avec une large gamme :

  • d'objets sociaux ;
  • d'échelles géographiques ou sociales (famille, quartier, ville, pays, international) ;
  • de niveaux de sophistication de l'organisation ;
  • de sources de financement ; ...

De nombreuses associations qui ont acquis une réputation de sérieux et de représentativité, sont amenées à jouer un rôle de parties prenantes dans des comités de concertation associant l'État, des entreprises ou encore d'autres associations. L'identification des parties prenantes et le dialogue avec celles-ci font l'objet d'une partie de la norme ISO 26000 sur la responsabilité sociétale des organisations, parue en 2010.

L'association peut également constituer une étape préliminaire précédent le passage au statut, plus complexe, de coopérative.

La maîtrise de la pratique associative constituant un fondement culturel essentiel de toute société démocratique, ses bases théoriques devraient faire partie du tronc commun de l'enseignement obligatoire. Le présent chapitre tente de combler ce déficit éducatif. Il se base notamment sur la lecture d'articles scientifiques, et sur mes expériences personnelles dans trois secteurs : culture, environnement, alimentation.

Rappelons, enfin, avant d'entrer dans le vif du sujet, que le présent document consacré au modèle associatif combine approches descriptive et propositionnelle :

  • descriptive : le modèle associatif actuel est fondé (i) sur le bénévolat voire l'emploi précaire, et (ii) dans une structure hiérarchique verticale, cette centralisation managériale étant souvent niée ;

  • propositionnelle : l'association horizontale est la brique élémentaire du partage du pouvoir politique par la démocratie directe (telle que définie dans /definition), laquelle est intriquée avec le partage du pouvoir financier par l'allocation universelle (de notre modèle synthétique).

La comparaison des approches descriptive et propositionnelle montre que le bénévolat ne prend pleinement sens qu'en contrepartie d'un partage inconditionnel (/universel, /symétrique) des pouvoirs politique et financier, via/par l'État.

Statistiques diverses

https://democratiedirecte.net/association#statistiques

France, 2019 [source] :

  • 10,6 % des associations (soit 159 000) ont eu recours à l’emploi salarié ;
  • le budget du secteur associatif contribue au PIB à hauteur de 3,3 % ;
  • les recettes d’activité (d’origine publique ou privée) représentent 66 % des ressources (contre 49 % en 2005 et 61 % en 2011) ; Les autres types de financement sont les cotisations, les dons et les subventions publiques ;

  • 43 % des Français déclarent pratiquer le bénévolat ;
  • le "top 4" des activités suscitant l’engagement est le suivant : la défense de causes (13 %), l’action sociale et humanitaire (12 %), les loisirs (10 %) et le sport (10 %) ;

  • les jeunes précaires et les moins diplômés s’engagent moins que les autres. La participation bénévole est plus fréquente chez les diplômés de l’enseignement supérieur (55 %) que chez les titulaires du bac ou du BEPC-brevet des collèges (36 %).

Objet social et statuts

https://democratiedirecte.net/association#objet-social

On peut distinguer quatre grandes fonctions remplies par les associations :

  • partage d’un loisir entre membres ;
  • défense des intérêts des membres (lobbying) ;
  • action caritative/humanitaire ;
  • action politique ou culturelle.

L'objet social – le "quoi" de l'association – est déterminé par le conseil d'administration, modifiable en AG (cf. infra), et mentionné dans les statuts de l'association. L'objet social est évidemment très lié au "comment", c-à-d la gestion quotidienne de l'association (en charge du comité de direction), mais sans s'y confondre.

Les statuts de l'association n'ont pas qu'une fonction juridique. Ils peuvent également contenir la charte de l'association, exprimant par exemple la volonté de respecter certaines valeurs, ou encore spécifiant un certain mode d'organisation.

Statut juridique

https://democratiedirecte.net/association#statut-juridique
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Toute organisation non déclarée est juridiquement qualifiée "d'association de fait".

La déclaration – c-à-d l'auto-inscription au statut juridique d'association – confère la personnalité juridique, ce qui permet notamment :

  • de faire appel à des financements externes (publics ou privés), pour autant que l'association respecte certaines règles de fonctionnement (comme par exemple, en cas de financement externe dépassant un certain niveau, la certification des comptes par un commissaire aux comptes) [source].

  • à une association sans but lucratif de réaliser des bénéfices, mais à condition de les réinvestir dans l'association (autrement dit, les bénéfices ne peuvent être distribués aux actionnaires).

    Par "lucrative vs non lucrative" nous entendons "maximisation vs minimisation du surprofit". Par "surprofit" nous entendons la parte des bénéfices qui est distribuée aux actionnaires (plutôt que réinvestie dans l'organisation). Voir aussi l'encadré infra.

  • de contracter (par exemple pour l'achat d'un immeuble) ou encore d'agir en justice, en tant que personnalité juridique propre (c-à-d distincte de ses membres).

Procédure de déclaration d'association : Belgique, France.

Le système des prix

La tarification c-à-d l'attribution d'un prix à payer par le client/utilisateur/bénéficiaire en échange de la jouissance d'un bien ou service, n'a pas que pour fonction de participer au financement de l'organisation productrice de ce bien ou service. Le prix a également une valeur symbolique, rappelant que ces biens et services ont un coût, sous forme de travail et de capital (financier et matériel). D'autre part, l'évolution du prix est un indicateur de l'évolution du rapport demande/offre, dont il est fonction positive.

Ainsi il est généralement recommandé d'appliquer des prix très bas plutôt que la gratuité.

Gestion à long terme (stratégique)

https://democratiedirecte.net/association#gestion-long-terme

N.B. Nous présentons ici les règles de bonne gestion d'une association du point de vue économique, et non pas juridique. D'autre part, nous partons du modèle de délégation, organisation hiérarchique, quasiment généralisée dans le monde associatif, malgré l'invocation, souvent abusive, du modèle de cogestion). Nous proposons alors des mesures pour s'approcher au plus des principes de la DD (c-à-d le modèle de cogestion) tel que définie dans /definition.

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En théorie des organisations, le conseil d'administration (CA), en charge de la gestion à long terme (stratégie), contrôle le comité de direction (CD), en charge de la gestion à court terme. Dans la sphère associative, le CD est plutôt appelé "bureau".

Dans les petites associations, le CA est également le CD. Les membres de l'association, réunis en assemblée générale (AG), élisent les membres du conseil d'administration (CA) : présidence, secrétariat, comptabilité, communication, informatique, etc. Les administrateurs sont en charge de la gestion (journalière et stratégique) de l'association.

L'obtention du statut de membre se fait par paiement d'une cotisation, ou/et par cooptation. On distingue généralement :

  • les membres avec droit de vote, appelés "membres effectifs, généralement cooptés, produisent les services fournis par l'association ;

  • les membres sans droit de vote, appelés "membres adhérents", consomment ces services, en échange du paiement d'une cotisation annuelle ou/et d'un prix à la consommation.

Chaque année, a lieu au moins une assemblée générale (AG) des membres, durant laquelle le CA présente :

  • son bilan d'activité ;
  • le bilan et compte de résultat ;
  • les objectifs de l'association pour les prochains exercices.

L'AG est également l'occasion de procéder à :

  • de courts débats sur la gestion et la stratégie de l'association ;
  • des votes concernant notamment :
    • des choix stratégiques (modes de fonctionnement interne, définition et mode de réalisation d'objectifs, ...) ;
    • le remplacement de membres du CA.

Gestion à court terme (quotidienne)

https://democratiedirecte.net/association#gestion-court-terme
 1. Administrateurs
 2. Communication
 3. Cogestion
 4. Recrutement

Administrateurs

https://democratiedirecte.net/association#administrateurs

Pour maximiser l'efficacité collective d'une organisation, il faut viser le modèle coopératif, c-à-d où chaque membre participe à la gestion, production et consommation des services ou biens produits par l'organisation. Ce modèle permet de « minimiser les coûts liés aux asymétries d’information. En effet, la collaboration de l’ensemble des acteurs concernés au sein des mêmes instances de gouvernance limite les zones d’ombre et accentue les capacités de compréhension et de résolution des problèmes. La multiplicité des regards croisés est un apport indéniable pour la qualité du management, car elle permet de partager un grand nombre d’informations, de compter sur un contrôle réciproque des acteurs et d’innover plus facilement » [source].

Force est cependant de constater que le potentiel coopératif est très insuffisamment exploité. Autrement dit, il existe un fort potentiel d'amélioration du fonctionnement des associations, notamment dans les domaines : communication, gestion informatique, audit, recrutement.

Trop souvent l'organe de gestion de l'association (le CA dans les petites associations) se limite au triplet président/secrétaire/trésorier. Il en résulte que ces trois personnes cumulent leur fonction officielle avec des fonctions de communication, gestion informatique ou encore audit. Et dès lors que l'activité associative est cumulée avec une activité professionnelle, il en résulte soit une surcharge de travail soit un travail bâclé.

Il est donc vivement recommandé que les statuts mentionnent que le CA est composé des six postes suivants :

  • présidence : prise de décision (dans organisation verticale), coordination, représentation ... ;
  • finance : tenue des comptes, recherche de sources de financement ;
  • informatique :
    • gestion du système informatique (site web, serveur infolettre/forum, hébergement, ...) ;

      Serveur d'infolettre. Choisir un offre d'hébergement comprenant un serveur d'infolettre. Pour quelques dizaines d'euros/ans, ça vaut certainement le coup, plutôt que de se contenter des services "gratuits" de pilleurs de données tels que gmail.com (PS : avez-vous vérifié si votre offre d'hébergement actuelle ne comprend pas déjà un service de gestion d'infolettre ... ?).

    • formation des membres, à leur demande, et pour résoudre des problèmes spécifiques au fonctionnement de l'association (par exemple pour l'utilisation de fonctions avancées du mail ou encore des tableurs) :

      • formation des administrateurs : au domicile de l'apprenti ;
      • formation des membres effectifs : par des fiches spécifiques, accessibles sur l'intranet du site web.
  • communication : le contenu du site web, de l'infolettre, de la revue ;

    Une fonction de communication importante est le recrutement : de membres adhérents parmi le public, et de membres effectifs parmi les adhérents (notion d'activation, c-à-d maximisation du taux de participation, en termes quantitatif et qualitatif).

  • audit (NB : il s'agit ici d'une fonction permanente) :

    • identification des dysfonctionnements, et proposition de solutions ;
    • élaboration de procédures, publiées sur la page "Procédures" de l'intranet du site web.

    La fonction d'audit peut être partagée avec l'ensemble des membres, au moyen d'une plateforme de travail collaboratif telle que groups.google.com.

  • secrétariat : tout ce qui n'est pas fait par les autres membres du CA, et notamment :

    • gestion du fichier des membres, au moyen d'une base de données relationnelle (ainsi la liste de contacts du système courriel permet d'attribuer plusieurs catégories de destinataires à chaque membre).
    • gestion des courriers & courriels, entrants et sortants ;

      La gestion des messages entrants est un gros point faible de nombreuses associations : absence d'accusé de réception, suivi déficient, ...

    • envoi de l'infolettre à la bonne date et aux bons destinataires ; ... ;

Dans les sections suivantes, nous allons approfondir les fonctions de communication, cogestion et recrutement, qui ont en commun de déterminer le taux de participation des membres à la vie de l'association. L'évolution de ce taux de participation peut être mesurée notamment par le ratio #effectifs / #adhérents ou encore le taux de présence aux AG. Dès que ces indicateurs n'augmentent plus, les administrateurs devraient prendre des mesure appropriées, pour améliorer la communication, la cogestion et le recrutement.

Communication

https://democratiedirecte.net/association#communication

La transparence comptable et organisationnelle est une condition informationnelle nécessaire pour une pleine participation des membres à la vie de l'association.

Voici des contenus que le site web de toute association, indépendamment de son objet social, devrait publier :

  • bilan, compte de résultat et leurs éventuelles annexes (et cela pour les trois derniers exercices, car il est important de pouvoir évaluer l'évolution de l'association) ;

  • évolution (dix dernière années) :
    • du nombre de membres ;
    • du taux de participation aux AG ; ...
  • liste des dysfonctionnements de l'organisation, et mesures décidées pour les résoudre ;
  • organigramme des membres du CA : nom, fonction et CV des membres du CA (NB : les CV des administrateurs participent utilement à l'image de l'association, en lui insufflant un contenu humain) ; ...

Cogestion

https://democratiedirecte.net/association#cogestion

La participation à la gestion d'une organisation est connue pour stimuler (i) la productivité des ses membres (voir aussi la notion "d'empowerment"), et (ii) la qualité de la gestion (grâce à un traitement plus détaillé des informations internes à l'organisation). Cela vaut aussi bien pour l'association que l'entreprise, sauf que pour cette dernière le salaire constitue un élément de motivation dont ne dispose pas l'association à l'égard de ses travailleurs bénévoles.

Un intérêt majeur du bénévolat, pour le travailleur, est que celui-ci peut changer facilement "d'employeur", par exemple si le type de travail ou l'ambiance de l'association ne lui plaisent plus.

Cet avantage du bénévolat est évidemment d'autant plus exerçable si le citoyen est rentier, ce qui sera le cas de tous les citoyens après l'avènement de l'allocation universelle du modèle synthétique (dont le niveau se situe au seuil de pauvreté).

Cette liberté du travailleur bénévole constitue cependant souvent un inconvénient pour l'association, dans la mesure où le bénévole est moins productif que le salarié, raison pour laquelle la plupart des associations de grande taille emploient généralement un noyau de salariés. Les salaires représentent cependant un coût considérable pour l'association, qu'il importe donc de minimiser. Pour ce faire, la méthode la plus souhaitable n'est pas de minimiser le salaire mais plutôt le nombre de salariés, ce qui requiert, en contrepartie, de maximiser la productivité des bénévoles. Et c'est là qu'intervient le rôle de la cogestion dans la motivation des bénévoles ...

Une façon efficace d'instaurer la cogestion dans une organisation est l'audit permanent, réalisé au moyen d'un système de travail collaboratif tel que groups.google.com. L'avantage de ces systèmes fortement automatisés est le suivi du traitement de chaque mesure de gestion proposée (à l'instar du système amazon de suivi, par l'acheteur, du traitement de sa commande). Cette possibilité de suivi répond au principe de transparence, stimulant ainsi la motivation et l'auto-formation des membres (par exemple le système de suivi peut mentionner la raison pour laquelle une proposition a été modifiée ou rejetée).

L'audit permanent

Un audit vise à identifier les dysfonctionnements d'une organisation (il y en a toujours), et à proposer des solutions. Ce faisant, l'audit permanent offre à ses participants la possibilité de s'impliquer plus activement dans la gestion de l'organisation.

L'objet d'un audit n'est donc pas de reprocher ni d'accuser, mais d'aider les administrateurs. Soulignons à cet égard que les responsabilités d'un dysfonctionnement sont généralement le fait de plusieurs personnes, dont parfois certaines sont extérieures à l'organisation. L'audit a donc également une fonction d'information, sur la difficulté de gérer efficacement toute organisation, ce dont les membres n'ont pas toujours conscience.

La partie supérieure du graphique suivant montre que l'introduction d'un audit permanent dans une organisation se traduit d'abord par une augmentation du nombre de dysfonctionnements identifiés, suivie d'une diminution jusqu'à un niveau "de croisière", inférieur au niveau de départ. La partie inférieure du graphique montre l'évolution correspondante de la charge de travail des administrateurs de l'organisation, dont le niveau de croisière est inférieur à celui avant l'introduction de la fonction d'audit permanent (à qualité de management constante). Alternativement, la charge de travail peut être maintenue constante, avec augmentation de la qualité du management.

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Recrutement

https://democratiedirecte.net/association#recrutement

Un effort de recrutement insuffisant de membres adhérents et effectifs (parmi les adhérents ou directement parmi le public) se traduit par un manque de ressources financières (cotisations) et humaines (⇒ surcharge de travail ou/et travail bâclé).

Les associations les plus performantes sont caractérisées par une implication élevée des membres effectifs, et d'autant plus élevée que ces membres sont fiers de leur association [source]. Ce processus psychique d'identification n'est pas seulement lié à l'objet social (le "quoi") de l'association, mais aussi (et ce fait est généralement très sous-estimé) par l'ambition affichée (et démontrée) de se développer en une organisation toujours plus performante (le "comment").

C'est pourquoi il est vivement recommandé de mettre en avant, notamment via une page "Recrutement" du site web, l'ambition de l'association concernant la qualité de sa gestion. Cette page devrait notamment :

  • rappeler que l'implication dans une association en tant que membre effectif est un moyen d'approfondir la pratique d'une expérience de gestion, d'étendre son réseau relationnel, de construire un projet de vie (même courte !), et même d'échapper à l'addiction chronophage et passive aux écrans ;

  • comprendre un formulaire de candidatures pour des fonctions de membres effectifs, et mentionner que chaque fonction donnera lieu à l'attribution d'un certificat de gestionnaire d'association, mentionnant la/les activité(s) assumées, ainsi que leur durée (PS : dans leur analyse des CV, les recruteurs de cadres d'entreprises de tout type attachent un grande importance à l'implication bénévole dans la gestion d'une organisation).

Rappelons enfin que la population des chômeurs et des retraités constitue une vivier de membres potentiels, disposant de beaucoup de temps libre, et de compétences sous-exploitées.

Souveraineté

https://democratiedirecte.net/association#souverainete

Un défi majeur, pour toute association, est la préservation de sa souveraineté, interne et externe.

Souveraineté
externe

Les subsides publiques et les dons privés peuvent être des cadeaux empoisonnés, dans la mesure où leur reconduction annuelle n'étant pas inconditionnelle, ils peuvent limiter fortement la liberté d'expression et d'action de l'association. Il peut donc être pertinent de préférer le financement participatif [source1 ; source2] et/ou l'auto-financement (par la vente non lucrative de biens ou services).

Répertoires de fondations : Belgique, France, Québec , Suisse .

Certaines associations sont des interlocuteurs, auxiliaires ou substituts d'organisations publiques ou privées, qui peuvent les avoir créées ex nihilo, qui les financent et définissent leurs missions. Ces relations de dépendance peuvent être discrètes voire secrètes, à des fins politiques ou commerciales, de sorte que le modèle associatif n'est pas en soi une garantie de démocratie, et partant, de décentralisation.

Le tableau suivant propose une typologie des modèles politico-économique des organisations, fondée sur les propriétés de l'activité lucrative vs non-lucrative, et de l'organisation verticale vs horizontale.

Par "lucrative vs non-lucrative" nous entendons "maximisation vs minimisation du surprofit", le surprofit étant la partie des bénéfices qui est distribuée aux actionnaires plutôt que réinvestie dans l'organisation. Dans le système communiste, les actionnaires sont l'ensemble des citoyens et à parts égales.

Statut →
Organisation ↓
PublicPrivé
LucratifNon-luc.LucratifNon-luc.
VerticaleCommunisteLibéral
HorizontaleAnarcho-communisteAnarcho-libéral

Lorsqu'on analyse une organisation, il importe d'identifier auquel des quatre modèles elle correspond. Ainsi par exemple : (i) de nombreuses petites et naissantes associations correspondent au modèle anarcho-libéral non-lucratif ; (ii) certaines "coopératives" correspondent au modèle libéral ; (iii) notre proposition de coopérative publique correspond au modèle anarcho-communiste.

Les relations avec l’État et les collectivités locales prennent essentiellement trois formes [source] :

  • interlocutrices, des associations sont jugées représentatives de différents intérêts et points de vue de la société civile et sont à ce titre fréquemment consultées.

  • auxiliaires, des associations constituent un élément important de lien social et assument conjointement avec les pouvoirs publics des rôles sociaux et humanitaires multiples. Pour cette raison, elles peuvent recevoir des subventions de la part des pouvoir publics.

  • substituts : à l’initiative des pouvoirs publics, des associations parapubliques sont créées et chargées d’effectuer des tâches normalement assumées par l’administration. Ainsi, de nombreuses communes ont créé des associations para-municipales, en charge de pans entiers de la politique mise en place par la municipalité, souvent dans le simple but de ne pas être soumises aux règles contraignantes de la fonction publique ou de la comptabilité publique. L’État a ainsi mobilisé le secteur associatif comme support de politiques de soutien à l’emploi en en faisant un des réceptacles de ses emplois aidés. Cependant, dans la mesure où des travailleurs associatifs sont substitués à des fonctionnaires, il en résulte une précarisation globale de l'emploi [source].

Historiquement, l’association suscite la méfiance du pouvoir central, qui y voit un contre-pouvoir cherchant à lui disputer la prise en charge de l’intérêt général. En France, il faut attendre la IIIe République et la loi du 1er juillet 1901 pour qu’un statut libéral des associations soit mis en place. [source].

Depuis la fin du 20° siècle l'attitude des États (du moins occidentaux) est fondée sur l'approche néolibérale de privatisation du service public, notamment en remplaçant les subsides publics par des dons privés (encouragé par des réductions fiscales), et en incitant les associations à faire payer plus chers leurs services & produits [source].

Souveraineté
interne

Au statut de membre, sont attachés (i) des droits, notamment de vote, et (ii) des obligations morales, généralement sous la forme d'une quantité de travail à fournir.

« Les associations sont des organisations multi-acteurs dont la particularité est de rassembler autour d’un même projet des parties prenantes fort différentes : salariés, bénévoles, bénéficiaires, usagers, financeurs, sympathisants, etc » [source].

Les adhérents sont donc des clients de l'association. Ce fait conduit au questionnement suivant : ne faudrait-il pas plutôt parler, plus simplement, de membres (producteurs, effectifs) et d'adhérents (consommateurs, clients) ? La réponse est de nature politique.

La logique de DD est que les consommateurs participent également à la production des services ou biens qui font l'objet social de l'association. L'objectif est alors la maximisation du taux d'effectivation, c-à-d le pourcentage d'effectifs parmi les adhérents. L'idéal démocratique est que 100 % des adhérents soient effectifs.

C'est théoriquement l'idéal de la coopérative, que l'on peut voir comme une association commerciale, dans un but d'autoproduction de biens ou services.

Une question se pose alors : pourquoi les adhérents n'ont-ils souvent pas droit au vote ? La réponse "Parce qu'ils ne sont que consommateurs" ne semble pas satisfaisante. En effet, pour quelles raisons le statut de consommateur ne suffirait-il pas à justifier le droit de vote ?

Un argument souvent avancé pour "justifier" cette discrimination est que le taux de présence de l'ensemble des membres aux AG est généralement très inférieur au quorum requis par les statuts de l'association pour valider le résultat d'une votation. Limiter le droit de vote au seuls membres effectifs – cooptés en raison de leur participation proactive à la vie de l'association – permettrait de garantir que le quorum soit généralement vérifié, ou à tout le moins qu'il puisse l'être facilement en augmentant l'effort de mobilisation.

Mon avis est que la discrimination entre entre deux types de membre n'est pas une solution pertinente, et cela pour deux raisons :

  • elle induit un grave phénomène de prophétie autoréalisatrice, nuisible à la vitalité de l'association : n'ayant pas le droit d'influencer la vie de l'association par leur vote, une partie des adhérents vont naturellement être découragés de s'y impliquer, ce qui va renforcer les comportements de défiance dans le chef des membres effectifs, générant ainsi un cycle pervers de renforcement (généralement inconscients) d'attitudes sous-optimales dans les deux groupes ;

  • l'abaissement du taux de quorum requis, et l'augmentation de l'efficacité de la mobilisation (notamment par une rationalisation de la communication interne, de qualité médiocre dans de nombreuses associations) sont des mesures plus pertinentes que la discrimination entre deux types de membre. Soulignons que le quorum ne doit pas nécessairement être fixé en pourcentage : il peut l'être aussi en valeur absolue ! (sauf éventuelle obligation légale, par exemple pour l'obtention de subsides publics).

Mais alors pourquoi cette discrimination anti-démocratique est-elle aussi fréquente dans les associations ? Une réponse réside dans la notion de "modèle associatif officieux".

Modèle associatif officieux

https://democratiedirecte.net/association#modele-officieux

Derrière le modèle associatif officiel ("l'apparence") peut se cacher un modèle officieux ("le réel"). Nous utilisons la notion de "modèle officieux" lorsque l'affirmation de cogestion par les membres de l'association ne correspond pas à la réalité, c-à-d que le mode de gestion est en réalité plutôt vertical, à l'instar des entreprises privées. Cette contradiction entre affirmation officielle de cogestion et réalité officieuse de gestion verticale est liée au fait que l'association est créée par une organisation publique ou une personne (morale ou physique) privée, qui dirige l'association, de façon discrète ou cachée.

La notion de modèle associatif officieux constitue la base conceptuelle d'une typologie des principes micro-politiques et micro-sociaux qui fondent le décrochage, à l'échelle macro, entre démocratie "représentative" et démocratie tout court.

Pour élaborer cette typologie, nous allons étudier ici le cas de la création d'un type d'association très fréquent (et aussi le plus "micro"), où celle-ci est créée par une personne physique, qui la dirige effectivement (c-à-d gestion verticale), mais tout en affirmant que la gestion est partagée (horizontale). Ce type de dirigeant ne se présente pas comme tel, mais généralement comme "représentant" (et parfois même, dans les statuts de l'organisation, comme "représentant permanent" ...).

Fondateurs

La création de ce type d'association, est généralement le fait d'un groupe très réduit de fondateurs, parmi lesquels on peut distinguer :

  1. le leader, qui est l'initiateur du projet ;
  2. deux ou trois co-fondateurs, que le leader a convaincus de l'aider à fonder l'association.

Ces membres fondateurs constituent un comité de direction de fait, bien que ce fait est généralement nié par les fondateurs, qui lors du recrutement des membres effectifs (quelques dizaines), parlent plutôt de cogestion. Il s'agit là d'un mensonge systémique de ce type d'association, et résultant d'un sentiment de propriété, inavoué et nié, dans le chef des fondateurs et surtout du leader (qui, rappelons-le, ne se décrit pas comme tel, mais plutôt comme "représentant").

Ce mensonge associatif va être la source de désillusions chez certains nouveaux membres effectifs, qui soit se soumettront finalement, soit quitteront l'association. Quant aux durs à cuire, le leader n'hésitera généralement pas à user de coups tordus pour les exclure (*), puisque, précisément en raison du "mensonge associatif", il ne peut pas faire autrement pour protéger son "bien" qu'est l'association (il ne peut pas dire « en tant que chef, je t'exclus de l'association »).

(*) J'ai pu moi-même constater un cas d'usurpation d'identité, pour salir et ainsi décrédibiliser une personne qui dénonçait cette pratique des coups tordus, et cela par un leader excellant dans l'art de se fabriquer une image de respectabilité, notamment en confiant la réalisation des coups tordus à des membres effectifs, moins visibles voire inconnus par les sympathisants et organisation subsidiantes.

La double interprétation du terme "bien" – propriété vs qualité éthique – joue ici pleinement (souvent au niveau inconscient). Ainsi la nécessité, pour le leader, de protéger son bien (propriété) "justifie" le recours à des coups tordus, alors que cette personne se présente (et peut-être même se conçoit) généralement comme tout à fait étrangère à ce type de procédé. Le mensonge associatif, qui se limitait alors au verbe, s'enfonce ainsi dans des actes malveillants à l'égard de personnes, pour le "bien" (qualité éthique) du projet associatif.

Le fait que des membres effectifs, passés au travers du processus de sélection, peuvent être nuisibles à l'association plutôt qu'à sa seule propriété par le leader, constitue pour celui-ci une opportunité argumentaire, qu'il ne manquera pas d'exploiter, notamment dans la façon de concevoir des coups tordus pour salir les contestataires ...

Ce phénomène de propriété niée explique pourquoi c'est souvent dans le secteur associatif que l'on observe les cas les plus graves de maltraitance, en comparaison avec les entreprises privées. Si l'association jouit pourtant d'une image plus humaine que l'entreprise privée c'est, selon mon expérience, en raison (i) d'une croyance dans la "sainteté par nature" des dirigeants associatifs, et (ii) d'un indéniable "art" du mensonge associatif, acquis par la pratique récurrente, et d'autant plus décomplexée que les coups tordus sont "justifiés" pour le "bien" de l'association.

Recrutement
& sélection

Le recrutement, plus précisément la sélection des membres effectifs (les "ouvriers associatifs", plus couramment appelés bénévoles), et les membres adhérents (les "clients associatifs", plus couramment appelés "sympathisants") est déterminée par la prégnance du mensonge associatif. Il s'agit d'évincer les "électrons libres" et de choisir des personnes obéissantes. Ces membres effectifs "ouvriers-soldats" vont jouer un rôle fondamental dans l'entretien du mensonge associatif, raison pour laquelle je parle d'une "culture schizophrénique de la loi de la jungle associative".

Une caractéristique du mensonge associatif, est que la plupart des membres adhérents sont dupes, tandis qu'une partie des membres effectifs (que j'estime à environ la moitié) ne le sont pas, mais participent au mensonge car ils en perçoivent certains avantages. Le reste des membres effectifs sont clairement abusés, sans quoi ils refuseraient de travailler gratuitement.

Classe
dirigeante

Soulignons enfin ce phénomène méconnu : les membres fondateurs sont souvent des rentiers (NB : ce fait est également observé pour la création d'entreprises : cf. allocation-universelle.net/effets-positifs#partager-droit-entreprendre). Ce ne sont pas pour autant des "inactifs" (au sens des statistiques économiques), mais, et cela est fondamental, leur éventuelle activité professionnelle ne leur est pas imposée par la nécessité existentielle de produire un revenu. Or cela leur procure un énorme avantage sur les membres effectifs, dès lors que ceux-ci ne sont généralement pas rentiers. En effet, le fait d'avoir une liberté d'action quasiment totale sur la quantité et l'allocation de leur temps de travail qu'ils peuvent consacrer à l'association renforce et consacre le pouvoir de fait (notamment informationnel et relationnel) des fondateurs-rentiers, relativement aux autres membres de l'association. Les fondateurs rentiers peuvent notamment exploiter l'ignorance (par les membres effectifs) de l'importance de cet avantage, pour leur faire croire qu'ils sont supérieurement compétents, alors qu'en réalité ils bénéficient simplement de plus de temps.

Il peut exister des faux rentiers, en réalité rétribués par un commanditaire secret (personne physique ou morale). C'est notamment le cas d'associations créées à l'initiative de services de renseignement civils ou militaires, pour surveiller voire influencer un milieu (par exemple le milieu culturel underground/alternatif).

La culture "a-démocratique" et prétendument élitiste du modèle associatif officieux peut ainsi perdurer même après le décès des membres fondateurs, dès lors que la cooptation des membres effectifs peut être opérée majoritairement au sein d'une même classe sociale de rentiers.

Ces faits constituent un élément d'intrication entre allocation universelle et démocratie directe, dans la mesure où l'AU réduit le travail économique contraint (par la nécessité de générer un revenu), ce qui libère du temps pour le travail libre, dont le travail politique de chaque citoyen en DD.

Conclusion

Nous avons montré que le système politique "représentatif" est déterminé de façon significative par le "modèle associatif officieux", qui est très différent du "modèle officiel". Ces lois de forces sociologiques sont d'autant plus prégnantes qu'elles sont généralement sous-estimées voire ignorées. Cependant, les lois de la sociologie ne sont pas celles, immuables, de la physique. Elles sont façonnables, dès lors qu'un pourcentage critique de la population en est conscient, ce qui est précisément un objectif de la présente publication ...

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Auteur : F. Jortay   |   Contact :   |   Suivre : infolettre

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